Haïti : Les LGBT québécois mobilisés

Par  |  Aucun commentaire

Sérovie Haïti

Être. Quel était votre objectif en venant à Montréal rencontrer les associations LGBT québécoises ?
Steve Laguerre. Nous avons eu la chance de pouvoir acquérir pour un très bon prix, au début du mois de juin, un terrain pour construire un nouveau centre. Il nous faut maintenant trouver l’argent pour mener à bien ce projet, c’est-à-dire, selon nos calculs, 100.000 dollars. Nos partenaires au Québec – Être, Fréquence VIH, l’OXFAM… – sont en train de monter un consortium pour nous permettre de rassembler des dons. Il s’agit de personnes engagées qui veulent vraiment aider les LGBT en Haïti.
Être. On a l’impression que Sérovie revient de très loin…
S.L. Effectivement. A cause du tremblement de terre, nous avons perdu la plus grande partie de l’immeuble qui nous servait de quartier général, à Port-au-Prince. Heureusement, les antennes en province n’ont, elles, pas été affectées. Un certain nombre de personnes que nous aidions dans la capitale se sont d’ailleurs rendues dans ces villes. Néanmoins, le cœur de notre institution a été détruit et le tremblement de terre a fait que toute activité était presque impossible à Port-au-Prince pendant les trois premières semaines. Notre équipe (13 personnes à temps plein) a été extraordinaire. Elle n’a pas été payée pendant deux mois tout en continuant à se donner à fond.
Être. Quelles étaient les urgences et en quoi consiste votre action aujourd’hui ?
S.L. Il s’agissait notamment de suivre les personnes séropositives qui n’ont pas pu avoir de traitement pendant plusieurs jours à cause de la catastrophe. Puis il fallait aussi donner une attention particulière aux camps qui sont apparus un peu partout suite à la catastrophe. Nous avons donc distribué des tentes, des masques et des moustiquaires contre la malaria, donné des conseils pour l’utilisation de l’eau, rappelé certaines règles sanitaires de base, sans oublier bien sûr des préservatifs et du gel.
Avant même le tremblement de terre, nos activités s’étaient déjà élargies. Au départ, nous faisions essentiellement de la prévention contre le sida. Mais il y avait toujours des personnes qui nous faisaient des réflexions du genre « Je veux bien mettre ta capote, ton gel mais je dois surtout manger et me loger. Donc si un gentil monsieur vient et me donne beaucoup d’argent pour coucher avec lui sans préservatif, je lui dirai oui ». Donc nous avons opéré un changement pour offrir plus de services, en développant par exemple un système de bourses scolaires ou en donnant des cours des cours de cuisine, de conduite ou de couture afin que ces personnes aient un métier. C’est toute cette action que nous voulons continuer aujourd’hui.
Être. De quelle aide financière disposez-vous aujourd’hui ?
S.L. Nous sommes dans une situation difficile. Depuis trois mois, nous ne recevons plus d’argent du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. En effet, l’insitution bancaire Sogebank qui est censée reverser l’argent aux associations en Haïti a remis une lettre de désistement. Il faut trouver un nouvel intermédiaire. On attend. Le temps presse, d’autant plus que pas un sou de l’argent récolté après le tremblement de terre n’est arrivé à Sérovie. Parce que nous sommes une association LGBT et parce que l’organisation sur place est mauvaise. Prenez la Croix-Rouge américaine. C’est elle qui a récolté la majorité des dons des LGBT aux États-Unis. Je leur ai envoyé un courrier et je suis allé directement les voir. Rien n’y fait.
Être. Vous avez quand même des soutiens ?
S.L. Oui, heureusement il y a la Commission internationale des droits de la personne des gais et des lesbiennes (IGLHRC). Ils nous ont contactés quelques semaines après le séisme. Ils nous permettent toujours de venir en aide efficacement aux Haïtiens. Même chose pour la Fondation américaine pour la recherche contre le sida, l’amfAR. Toutes deux, ainsi que les associations gaies québécoises nous permettront d’avoir un nouveau centre. Une levée de fonds va être prochainement organisée. On a besoin de tout le monde.
Pour faire un don à Sérovie, contacter notamment Maison Plein Cœur ou encore l’OXFAM-Québec.
Crédits photo : Serovie