Grève étudiante et loi 78 : la vision 1D

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Grève étudiante et la loi 78 : la vision 1D

Bien sûr, nous vivons chacun notre vie comme des individus, mais cette vie individuelle ne peut échapper à notre vie collective sans une incroyable régression qui nous ramènerait au mieux au stade de l’être humain primitif. Aussi, pour vivre en société, il faut savoir équilibrer ces deux pôles de nos réalités.

La crise du néolibéralisme, qui prétendait revenir aux sources de cette vision unidimensionnelle en réduisant la place de l’État au profit de l’entreprise privée, nous montre chaque jour les absurdités de cette philosophie sociale. Prenons seulement l’exemple des débats entourant la loi 78 et le projet de loi contre l’intimidation à l’école. S’enrobant de la vertu de cette lutte qu’il prétend mener, le gouvernement Charest essaie désespérément de présenter l’exercice des droits collectifs des étudiants qui prend la forme d’une grève comme une atteinte aux libertés individuelles, comme de l’intimidation et de la violence contre les étudiants qui souhaiteraient étudier malgré les votes de grève.

Hallucinants Bachand et Beauchamp

Pour nier les droits collectifs des étudiants, il tente même d’imposer sa « novlangue » pour réduire l’action éminemment collective à un choix individuel, le boycott des cours. Peut-être poussera-t-il un jour l’absurdité jusqu’à refuser de parler de grève de la faim parce qu’en fait… ce n’est qu’un boycott de la nourriture ! Ou acceptera-t-il cet usage du mot grève parce qu’elle est alors éminemment individuelle ?

Dans la même veine, après l’adoption de la loi 78, le ministre Bachand présentait l’adoption de cette loi répressive largement décriée même dans les milieux juridiques comme « un grand jour pour la liberté individuelle » au moment même où la liberté d’expression, la liberté d’association, le droit de manifester étaient sérieusement attaqués… tout ça parce que le droit à l’éducation était réduit à la seule dimension individuelle d’accéder à ses cours.

Il était tout aussi hallucinant de voir la ministre Beauchamp qui cautionnait allégrement l’usage de tout l’arsenal répressif pour nier le droit de grève et le droit de manifester des étudiants, au point de faire régir nos collèges et universités par un régime policier, discuter en commission parlementaire de la lutte contre la violence et l’intimidation à l’école, réduite évidemment à sa seule dimension individuelle.

Mais c’est encore plus délirant quand, après avoir tout réduit à des questions individuelles, l’action individuelle est soudainement imposée au collectif quand il s’agit d’actes de vandalisme ou de violence isolés lors de manifestations pacifiques ou quand on inverse le fardeau de la preuve pour rendre les organisateurs d’une manifestation responsables des gestes des participants comme dans la loi 78. L’action de quelques personnes devient alors le prétexte pour nier violemment le droit de manifester de milliers de personnes. C’est ce à quoi nous assistons depuis des semaines dans nos rues.

Absurdité quotidienne

La police a, elle aussi, à cet égard développé sa « novlangue ». Il lui suffit maintenant d’une rue empruntée en sens contraire, d’avoir omis de remettre un itinéraire, de quelques actes de vandalisme ou de quelques projectiles pour que la manifestation de milliers de personnes devienne une « émeute » ou une « manifestation illégale » et justifier sa répression violente… qui inévitablement vire à l’émeute et à l’illégalité après une négation aussi évidente des droits fondamentaux de milliers de personnes.

Tout à coup, le même gouvernement qui ne jure que par les libertés individuelles pour nier les droits collectifs, utilise des actes individuels pour réprimer une action collective. Dans la vision libérale, l’individuel est toujours utilisé contre le collectif. Et le collectif doit toujours se soumettre à l’individuel.

Bien sûr, parce qu’elle est absurde en soi, les partisans de la philosophie libérale ne peuvent appliquer leur idéologie à la lettre car la société (dont ils nient l’existence) deviendrait ingouvernable… si chaque personne se mettait à faire à sa tête. La philosophie libérale additionne alors les « choix individuels » pour justifier une réponse collective.

Mais on réalise rapidement l’aberration de cette philosophie dès qu’on sort de la sphère des libertés individuelles. C’est avec une telle philosophie qu’on bâtit une société de plus en plus polarisée, où les richesses et le pouvoir se concentrent entre les mains d’un nombre toujours plus réduit de personnes, alors que la pauvreté grandit. Cela nous le voyons tous les jours en arpentant nos rues.

Crédit photo : ricardoara.