George Stamos à l’Agora de la danse – Voyage de l’égo au corps

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George Stamos Montréal Husk Danse

Depuis l’obtention de son baccalauréat à l’École pour le développement de la nouvelle danse à Amsterdam en 1993, il n’a jamais cessé de travailler comme danseur, chorégraphe et artiste-performeur. Or, les thèmes et les intentions qu’il soulève dans ses trois nouvelles pièces suggèrent un renouvèlement personnel pour ce qui a trait à sa création.

Concernant le Québec, George Stamos, 42 ans, prend Montréal d’assaut avec une nouvelle pièce fascinante, Husk (dans laquelle toutefois il ne dansera pas). Celle-ci est présentée durant trois soirs consécutifs à l’Agora de la danse.

Évoquant « l’intelligence instinctive de la viande du corps, au-delà de la raison, » Husk est une pièce de performance et de son live pour trois danseurs, une musicienne montréalaise, Jackie Gallant, lesbienne affirmée. Abordant en apparence le sujet « d’être en paix avec le fait que l’on soit parfois totalement “faux” » Husk fait en réalité partie d’une grande tradition gaie où le mot « faux » prend une signification beaucoup plus subtile.

Costumes en lambeaux

« On traite en partie ici de la manière dont nous livrons notre moi physique à l’artificiel : par exemple avec le bronzage en aérosol, les extensions de cheveux, les implants. Il s’agit surtout de porter son regard sur l’ensemble de l’enveloppe physique qui transporte telle une coquille ou une enveloppe (husk en anglais) l’esprit, » explique-t-il. « Oui, on a l’air d’être des fous sauvages avec ces costumes ! », ajoute-t-il dans la foulée.

Ceux-ci, tout comme les accessoires des trois danseurs, sont en effet en lambeaux, « bédéesques » et un peu vulgaires. Les costumes rembourrés, donnant une forme exagérée aux danseurs, permettent à l’un d’entre eux de changer de genre à un moment dans le spectacle, suscitant du coup des sentiments étranges quant à la perception de l’authenticité et de l’illusion.

« J’adore (les danseurs/-euses) Rachel Harris, Elinor Fueter et Frédéric Marier, c’est pourquoi j’ai sauté sur l’occasion de travailler avec eux dans le cadre de Montréal Danse », tient-il à préciser. La célèbre compagnie, qui fête cette année ses 25 ans, a invité l’artiste et sa pièce à faire partie de leur programmation en vue des festivités.

Ce que dit notre corporalité

« C’est formidable de travailler avec un gars vraiment passionné comme Fred, continue George Stamos. Son physique musclé et masculin aide à mettre en évidence les questions du genre dans la pièce ».

Les préoccupations concernant le corps et le paradoxe acceptation / dissociation que l’on retrouve à son sujet dans la culture gaie sont sans aucun doute au cœur de Husk. « En tant que gai, je crois que nous sommes peut-être plus sensibles à la façon dont notre corporalité révèle notre identité de genre et notre sexualité », admet celui qui s’est formé autant au milieu de la sueur et des paillettes de la populaire scène new-yorkaise des années 1990 que dans les écoles de pensée sur le sujet.

« Nous faisons peut-être davantage attention aux termes entourant le straight acting, ajoute-t-il. Ça a un impact supplémentaire sur notre comportement ».

« Husk plonge dans tout ça: comment PORTONS-nous notre corps ? Comment se présente-t-on soi-même à travers nos comportements et nos choix ? Qui sommes-nous ? », souligne encore le vétéran de la danse, suggérant que bien comprendre la fluidité du corps n’est pas donnée à tous les danseurs. « Je regarde comment le corps fonctionne, en tant qu’enveloppe de l’esprit tout en observant comment l’instinct, la capacité du corps à guérir ou à s’adapter, est sous-évaluée. »

Tout cela peut ressembler à un magma d’idées, mais ce n’est pas de la danse pour le seul spectateur intellectuel : Husk va, tout comme les danseurs et la musicienne, vous faire vous tordre, trembler, transpirer, crier et, espérons-le, triompher contre la dualité corps idéal / corps dont nous avons honte.

Husk
8, 9 et 10 février 2012
Agora de la danse
840 rue Cherrier, Montréal (514-525-1500)
agoradanse.com
georgestamos.org

Traduction : Vanessa Girouard.
Crédits photo : César Ochoa.