FTA – Gardénia: du comique au tragique

Par  |  Aucun commentaire

Gardenia, beau spectacle de travestis, au FTA

L’imposant rideau de la salle Ludger-Duvernay au Monument national se lève. On découvre alors, sur un plateau incliné, neuf hommes immobiles qui semblent suspendus dans le temps comme sur un cliché photographique.

C’est la transsexuelle Vanessa Van Durme qui s’adresse à nous la première en nous révélant la fermeture du cabaret Gardénia et en nous invitant à prendre une minute de silence pour ceux qui, au fil des années, nous ont quittés. Ce premier contact avec la foule vient souder un lien puissant avec le public que se poursuit tout au long de la représentation.

Un jeune et bel homme qui contraste avec les autres

À la façon d’un spectacle de danse, Gardénia est construit autour de plusieurs tableaux. De l’un à l’autre, on voit ces hommes se métamorphoser et passer de l’anonymat aux personnificateurs de grandes stars.

Les accompagnant sur scène, un peu à l’écart, un jeune homme à la beauté indéniable vient contraster avec les corps patinés par le temps des vedettes du Gardénia. Avec lui, une femme, qui semble être une maman pour le groupe entier. Dans un tableau troublant de violence, le garçon affronte cette femme dans une danse agressive d’affection désespérée et de rejet brutal.

Puis le spectacle approche, les travestis sont prêts et répètent une dernière fois. Le tapis rouge est déroulé. Ils sont prêts. On entend Somewhere over the Rainbow, chanson qui a  aussi ouvert la représentation. La lumière tombe doucement. Noir.

Gardénia possède des moments de grâce et des instants bouleversants d’humanité. Le tragique et le cruel côtoient des moments de tendresse et d’humour. La mise en scène (brillante) de Alain Platel crée parfois des chorégraphies à partir de simple déplacement. Le résultat est esthétiquement très fort.

Comme ils disent version danse et mime

Les moments mettant en vedette le jeune homme sont parmi les plus forts du spectacle. Lorsqu’il danse sur Comme ils disent d’Aznavour, le garçon exécute avec un talent subjuguant, une danse aux mouvements ridicules, mimant les propos de la chanson. Le résultat est à hurler de rire. Plus tard, les protagonistes nous tirent les larmes, étendu au sol, en questionnant en russe, Vanessa Van Durme sur la vie, sur les raisons de son malheur incurable.

Gardénia est un spectacle d’exception qui amuse, bouleverse et questionne la notion de beauté, fait réfléchir sur le temps qui passe et sur l’identité. Il s’agit certainement cette année d’un des spectacles incontournables de la programmation du FTA.

Gardenia
Festival TransAmériques
Mise en scène de Alain Platel
Au Monument national, Salle Ludger Duvernay
Jusqu’au 4 juin, à 20H
Plus d’information sur le site du FTA.

Crédits photo: FTA / Luk Monsaert.