Fresque transsexuelle : 10 ans dans la vie de Laurence

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Laurence Anyways est un film ambitieux. Pendant plus de 2h40, il relate dix ans de la vie de deux êtres luttant tantôt contre la société, tantôt contre un amour souffrant.

À travers le récit, le spectateur découvre Melvil Poupaud, très solide dans le rôle de cet homme prisonnier d’un corps qui ne lui correspond pas. La réplique lui est donnée par Suzanne Clément, époustouflante de générosité et de justesse dans le rôle d’une femme complètement déchirée entre son amour et un besoin irrépressible de conformisme social, l’état marginal de sa relation atypique lui pesant trop lourd. Gravite autour d’eux une gamme d’acteurs talentueux, admirablement dirigés. Nathalie Baye est touchante en mère de famille embourgeoisée, Monia Chokri amuse avec son cynisme et Yves Jacques en collègue de travail homosexuel, décroche quelques bons rires francs.

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Avec cette nouvelle œuvre, Dolan prouve qu’il gagne en assurance et en contrôle. De quoi faire mentir les détracteurs qui lui accordaient seulement une pulsion créatrice juvénile passagère. Sa personnalité artistique se raffine et sa maîtrise de l’image gagne en assurance. Avec Les amours imaginaires déjà, on pouvait percevoir l’évolution d’un artiste beaucoup plus solide qu’à son remarquable premier film J’ai tué ma mère. Avec Laurence Anyways, Xavier Dolan va encore plus loin et démontre une inventivité et une agilité technique surprenante. Dans son film, chaque plan est étudié avec une attention minutieuse.

Quelques éléments superflus

Laurence Anyways n’est pas parfait cependant. Certains choix du créateur pourraient se justifier en débat, mais font parfois sourciller. Par exemple, on décroche du récit à quelques reprises à cause de l’apparition soudaine de personnages surréels. Leur présence s’explique ; ils sont ce clan marginal vivant une existence parallèle à la société dite normale, mais leur contribution au fil dramatique parait un peu mince. On oublierait facilement ce détail si le film ne trainait pas un peu en longueur.

On se permettra aussi de saluer la volonté d’intégrer des séquences symboliques pertinentes, mais la surabondance d’effets donne à certains segments du film des airs un peu maniéré.

L’impression globale qui se dessine de ses quelques faiblesses est une difficulté chez l’artiste à choisir parmi ses idées, toutes bonnes certes, mais qui additionnée les unes aux autres alourdissent un récit suffisamment puissant pour ne pas avoir besoin de béquilles stylistiques aussi ostentatoires.

Laurence Anyways n’en reste pas moins un film fort et touchant, admirablement interprété qui mérite d’être vu. On regrette d’ailleurs qu’il ne soit qu’en compétition officielle : Suzanne Clément aurait peut-être eu la surprise d’être récompensée pour sa bouleversante interprétation.

Crédits photos : Alliance Vivafilm