Fierté de Montréal : Jean-Luc Roméro, paroles de président

Par  |  Aucun commentaire

Jean-Luc Roméro et la Fierté Montréal 2012

Être. Pourquoi avoir accepté ce rôle de président d’honneur de la Fierté de Montréal ?

Jean-Luc Roméro. Il y avait d’abord une coïncidence, puisque je savais que je me trouverais déjà sur le territoire nord-américain, à Washington, pour la Conférence internationale de lutte contre le sida. Surtout, j’ai considéré cette proposition comme une reconnaissance de mon travail et j’ai apprécié que les organisateurs me parlent de mon action contre le VIH/sida, alors qu’on a de plus en plus de mal à mobiliser les gens. Je donnerai une conférence à ce sujet, le 15 août (Droits humains et sérophobie, de 18h30 à 20h, à la Cinémathèque québécoise, 335, boulevard de Maisonneuve Est).

Être. Comment analysez-vous ce relâchement et ce désintérêt ?

J-L.R. Comme au début de l’épidémie, il y a la peur d’assimiler le sida à l’homosexualité. On nous dit « Ne nous en parlez pas, ce sont des mauvais souvenirs ». Je suis toujours frappé de rencontrer des jeunes séropositifs qui craignent de le dire à leur chum car celui-ci tient des propos incroyables à ce sujet.  Il faut donc se serrer les coudes, d’autant plus qu’au Canada et au Québec, il y a des décisions de justice inquiétantes prises contre les séropositifs. De ce côté-là, je pense que j’ai des choses à apporter en tant que Français, alors que nous avons des choses à apprendre ici concernant la lutte pour les droits GLBT et les politiques combattant la discrimination.

Être. Vous allez donc exporter les idées québécoises en France ?

J-L.R. Oui, je souhaite par exemple que l’exposition, Les couples de même sexe célèbres à travers l’Histoire, présentée l’an passé à Montréal par la Fondation Émergence, fasse le tour de la région parisienne, notamment dans les écoles secondaires. Nous avons déjà un accord de principe avec les responsables québécois.

Être. On critique parfois la Fierté de Montréal pour son manque de politisation. Trouvez-vous cette remarque pertinente, vous qui vivez dans un pays où la marche parisienne, cette année, a été justement remarquée pour son aspect revendicateur ?

J-L.R. La manifestation est forcément très différente dans une ville où des droits ont été acquis, même s’il faut toujours célébrer des événements comme Stonewall par exemple. Je comprends que certains puissent réagir négativement à ça, mais on est là parce que la société québécoise est allée plus vite que les autres. Voilà la rançon du succès.

Le vendredi 17 août, à 20h30, sur la scène TD de la place Émilie-Gamelin, Jean-Luc Roméro se verra remettre le prix Claude-Tourangeau, récompense décernée à une personnalité pour son action dans la lutte contre le VIH/sida.

Crédit photo : Kenji-Baptiste Oikawa.