Festival Massimadi : être soi-même au Québec

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Être. Vous n’aviez jamais réalisé de documentaire avant Être soi-même. Pourquoi avoir franchi le pas ?

Laurent Maurice Lafontant. Le directeur général d’Arc-en-ciel d’Afrique, Alexis Musanganya, et moi avons beaucoup discuté sur la question de la représentation des noirs homosexuels au Québec. On remarque que les jeunes de cette communauté n’ont pas de modèles auxquels s’identifier. Le milieu GLBT québécois montre souvent une homosexualité très blanche. Ils ne se retrouvent pas dans tout ça. On a donc voulu combattre cette situation et faire le portrait de jeunes noirs, qui se situent dans la vingtaine ou la trentaine et qui ont réussi à surmonter les préjugés pour être eux-mêmes.

Être. Qui sont les jeunes que vous montrez dans votre film ?

L.M.L. Ce sont trois membres d’Arc-en-ciel d’Afrique. Il y a Steve (qui a d’ailleurs posé pour l’affiche officielle du festival Massimadi), d’origine haïtienne et né à Montréal. Luzi, née en Guadeloupe, est arrivée à Montréal il y a environ un an. Enfin, on a interrogé Moustapha. Né au Cameroun, il vit au Québec depuis onze ans.

Être. Qu’est-ce qui vous a le plus surpris lors des entrevues que vous avez menées ?

L.M.L. Ayant déjà discuté avec eux, avant même le tournage de ce documentaire, je m’attendais un peu à ce qu’ils allaient me dire. Néanmoins, j’ai noté que tous les trois ont dû régler le problème de l’homophobie intériorisée. Chacun a essayé de ressembler au modèle de l’homosexuel établi par la norme hétérosexuelle, allant jusqu’à discriminer les gais trop efféminés ou les filles trop masculines. Ça m’a particulièrement marqué.

Être soi-même – Bande-annonce – Trailer – Arc-en-ciel d’Afrique from Arc-en-ciel d'Afrique on Vimeo.

Être. Il n’y a donc pas de différences entre le vécu des lesbiennes et celui des gais ?

L.M.L. À première vue, on pourrait penser que c’est plus facile pour les lesbiennes. Pourtant, après avoir discuté avec un certain nombre d’entre elles, je peux vous dire par exemple qu’il y a le même stress lorsqu’il s’agit d’annoncer son homosexualité aux parents. Par ailleurs, si elles sont mieux acceptées dans un premier temps parce que deux femmes représentent un fantasme pour les hommes hétérosexuels, une fois qu’elles ont dit « Je suis vraiment une lesbienne, je ne suis pas là pour faire jouir un homme », elles se heurtent aux mêmes problèmes d’intolérance que les gais.

Être. La religion est-elle la principale raison expliquant ce mal-être que les homosexuels noirs subissent au sein de leur communauté ?

L.M.L. Cette question n’est quasiment pas évoquée dans le documentaire, sinon lorsque Luzi explique à quel point, en Guadeloupe, les gens sont chrétiens et combien cela a une incidence sur leur perception de l’homosexualité. Un autre film, Voice of Witness Africa, projeté le même soir qu’Être soi-même, aborde davantage ce thème.  Bien entendu, dans la communauté noire, la religion reste un problème important quand il s’agit d’homosexualité. « Dieu est contre » est l’une des premières choses que les personnes disent pour expliquer pourquoi elles n’acceptent pas cette orientation sexuelle. Pour elles, la Bible condamne ça, ce qui n’est pas vrai et même elles-mêmes font des choses qui sont interdites par le dogme religieux.

Être. Comment votre association essaie-t-elle de changer les mentalités ?

L.M.L. Avec des ateliers et des conférences dans des maisons de jeunes ou des maisons pour femmes. On essaie de viser celles où la communauté noire est particulièrement représentée. Pour le reste, nous essayons aussi de briser l’isolement dans lequel se retrouvent les jeunes homosexuels en organisant des discussions mensuelles, tous les derniers vendredis du mois.

Être. Le festival Massimadi a aussi un rôle important…

L.M.L. Bien sûr, notamment parce qu’il s’inscrit dans le cadre du « mois de l’histoire des Noirs ». Donc il ne s’adresse pas seulement à un public gai. Néanmoins, même au sein de la communauté GLBT, ça permet d’apporter une nouvelle diversité : les films abordant l’homosexualité chez les noirs sont peu nombreux. Il y en a parfois quelques-uns lors d’image + nation. Rien de plus.

Festival Massimadi
Du 6 au 12 février
Présenté par Arc-en-ciel d’Afrique
Pour plus d’informations sur la programmation :
arcencieldafrique.org