Entrevue : Hemaphobia.com va « continuer la bataille »

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hemaphobia.com don du sang Thomas Dalbec

Être. Votre site est-il en passe de disparaître de manière définitive ?

Thomas Dalbec. Nous avons décidé de retirer toutes les pages du site jusqu’à ce qu’une décision soit prise quant à la prochaine action. Il y avait la pétition en ligne, des infos sur le don du sang et les homosexuels, ainsi que les photos pour lesquelles Héma-Québec nous a mis en demeure. Il nous faut maintenant attendre de rencontrer un conseiller juridique et je dois aussi rebâtir l’équipe puisque notre programmateur web est parti. Si dans un premier temps nous avons pu être découragé par l’action d’Héma-Québec, le soutien de nombreuses personnes sur Facebook nous a vraiment fait du bien. Parmi elles, beaucoup sont des gais qui nous encouragent à continuer.

Être. Comment expliquez-vous l’attitude d’Héma-Québec à votre égard ?

T.D. C’est dur à justifier. Héma-Québec s’appuie beaucoup sur le fait que c’est Santé Canada qui impose la réglementation, pour mieux se blanchir de toute accusation d’homophobie. C’est vrai que c’est l’organisme fédéral que nous visons en premier lieu dans notre pétition. Dans le même temps, le nom d’Héma-Québec y est aussi mentionné à plusieurs reprises…

Être. Héma-Québec met d’ailleurs en avant son souhait de voir les règles changer, en passant d’une interdiction « à vie » à une nouvelle donne qui permettrait aux HARSAH de donner leur sang s’ils n’ont pas eu de relations homosexuelles depuis cinq ans…

T.D. Ce n’est pas une solution et ça n’apporte pas beaucoup de changement. Concrètement, ça ouvrirait des portes à un infime nombre d’hommes concernés par la question. Puis cinq ans, ça correspond à quoi ? On ne le sait pas. Dans d’autres pays, on est en train de ramener cette période à un an, ce qui est déjà trop grand à mes yeux mais ça se comprend mieux (pour être sûr que la personne n’a pas contracté le virus). Pour autant, je pense qu’il  faut en arriver à trois-six mois, comme pour les hommes hétérosexuels.

Être. Êtes-vous entré en contact avec des médecins et du personnel de santé pour avoir leur appui ou au moins comprendre d’où vient le blocage ?

T.D. On a essayé avec Réjean Thomas [directeur de la clinique L’Actuel qui vient notamment en aide aux séropositifs gais], mais jusqu’à présent, nous n’avons pas réussi à parler à des médecins. Nous avons rencontré le président de COCQ-Sida qui nous a expliqué certaines statistiques. Il y a eu aussi quelques échanges de courriels avec des chercheurs habitant à l’extérieur du Québec. Tout cela m’a convaincu qu’on était sur la bonne voie, qu’il n’y avait aucune justification scientifique à cette interdiction et qu’il fallait donc continuer la bataille. Pour autant, il est très difficile de trouver des médecins et des chercheurs qui expliquent les raisons sociales de cette réglementation, qui vont jusqu’à parler d’homophobie et de stigmatisation.

Être. Pourquoi ne le font-ils pas ?

T.D. C’est une bonne question (rire), je me le suis toujours demandé. Je crois que personne n’ose parler de ce problème à haute voix. Il  y a la peur de mettre sur la table un sujet « chaud », de lancer un débat social. Peut-être y’a-t-il aussi la crainte de répercussions sur le nombre de personnes qui donnent leur sang. Mais, nous aussi, nous y pensons. Certains nous ont conseillé d’appeler au boycott et nous y sommes absolument opposés.

Crédits photo: Hémophobia.com sur Facebook.