Entrevue: Bernard Rousseau, le pilier de Priape

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Bernard Rousseau Priape RG Vers nos 30 ans Village

RG. Comment en êtes-vous venu à embarquer dans l’aventure Priape ?

Bernard Rousseau. Priape a été fondé le 11 novembre 1974 par Robert Duchaine dont j’étais l’amant à l’époque (mon premier !) Il voulait ouvrir une boutique de jeans mais comme il y avait pénurie de denim, je lui ai suggéré un sex-shop! C’est un autre ami, Claude Leblanc, qui a trouvé le nom. La première boutique était au 1111, boulevard de Maisonneuve est. D’ailleurs, lorsque la boutique a déménagé sur Sainte-Catherine, Claude Leblanc est devenu associé avec Robert. Quant à moi, j’ai été le premier vendeur engagé par Priape et je suis devenu associé vers 1979 seulement.
RG. Au moment d’ouvrir le magazine, aviez-vous la moindre idée de la longévité et du succès à venir ?

B.R. Non pas du tout! En fait, les premières années ont été très difficiles. Presque tout de suite après le déménagement sur Sainte-Catherine, le magasin a passé au feu ! Robert et Claude ont dû emprunter à leur famille et à Household Finance pour pouvoir rouvrir quelques mois plus tard, au 1661 Sainte-Catherine est.

RG. On considère souvent Priape comme l’établissement qui a représenté le début du Village gai de Montréal. Pensez-vous que c’était en fait une coïncidence ou le résultat d’un effort communautaire particulier ?
B.R. Après l’incendie, les propriétaires avaient regardé pour louer un local rue Stanley car c’est là que se situait l’action gaie à l’époque. Mais les loyers étaient prohibitifs, alors ils ont décidé de ré-ouvrir dans l’est où les prix étaient beaucoup plus raisonnables. Priape a donc toujours été dans l’est. Il y avait aussi la Taverne Sainte-Catherine (coin Papineau) La Boite en Haut (coin Alexandre de Sève) et quelques autres établissements gais. Mais c’est quand nous avons ouvert le Cinéma du Village (avec un autre associé, Ernest Roy) que le Village a pris son nom !
RG. Durant l’époque noire du Sida, notamment entre 1984 à 1995, est-ce que Priape a reçu des critiques de la part du monde LGBT pour promouvoir le sexe ?

B.R. Priape a été durement touché par le Sida. Non seulement avons-nous perdus beaucoup de clients mais également beaucoup d’employés sont morts à cause de ce terrible fléau. Je me souviens de notre vingtième anniversaire où  nous avions fait une petite exposition avec photos et commentaires sur les débuts de Priape. Il y avait entre autres un espace pour tous les employés de Priape morts du Sida : il devait y en avoir au moins une vingtaine déjà. J’ai personnellement perdu deux de mes meilleurs amis et collègues dont Nelson Carry (1989) qui a été pendant près de huit ans le photographe et gérant de Priape et bien sur Robert Duchaine (en 2002).
Dès le début de la crise du Sida, Priape s’est engagé avec plusieurs groupes communautaires dans la lutte pour promouvoir le safe sex et obtenir des gouvernements l’aide dont nous avions besoin pour combattre ce fléau. Priape n’a jamais vendu (de mon temps) de films bareback et a toujours été beaucoup plus qu’une simple boutique pour nous. Nous étions au service d’une cause et cela nous nourrissait et nous grandissait. Et je crois sincèrement que la communauté nous a toujours soutenus en retour.
RG. Vers quand aviez-vous décidé de faire expansion à Toronto, Calgary, etc.? Aujourd’hui, est-ce que Montréal est toujours le quartier général ou bien les autres boutiques sont désormais indépendantes?

B.R. Priape avait déjà beaucoup de succès avec son département de ventes postales à travers le Canada et c’était vraiment mon ambition d’en faire le magasin gai numéro un au Canada. J’avais planifié cette expansion depuis bien longtemps mais le décès de Nelson Carry l’a retardée jusqu’en 1993 où nous avons finalement ouvert notre première succursale, suivi de Calgary en 2004 et Vancouver en 2006. Ce ne sont pas des franchises mais bien des succursales. La maison mère est toujours à Montréal et toutes les décisions y sont prises. Curieusement lorsque j’ai ouvert Vancouver j’ai eu comme un gros down… parce que j’avais finalement atteint mon objectif !

RG. Vous dites être à la retraite depuis un an, mais gardez-vous un rôle dans la compagnie Priape ?

B.R. Je n’ai plus de rôle actif en soi depuis déjà trois ans même si officiellement je suis le président du conseil d’administration. Je détiens encore des parts de Priape. J’appuie énormément le nouveau Directeur Général de Priape, Denis Leblanc, qui a toujours eu Priape tatoué sur le cœur. Il sait que, même en Asie, je suis toujours là !

Crédits photo: document remis.