Entrevue avec Sylvain Gaudreault : ce que le PQ a en tête pour les gais…

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Sylvain Gaudreault : que propose le PQ pour les gais

Être. On entend souvent parler du Saguenay-Lac-Saint-Jean comme d’une région difficile d’approche sur le plan humain. D’un point de vue social, l’estimez-vous ouverte, par exemple à la communauté gaie ?

Sylvain Gaudreault. Nous ne faisons pas de différence entre les gens et leurs pratiques. Pour ma part, je ne trouve pas que nous sommes une région fermée. Bien sûr, il y a parfois de l’intolérance, mais certaines personnes sont « fermées » à Montréal et certaines sont « ouvertes » dans d’autres régions. Comme notre coin est moins densément peuplé, on a tendance à voir moins de gens extrovertis. Les tabous sont présents ici, mais pas plus qu’ailleurs.

Être. Dans ce cas, comment explique-t-on qu’il n’y ait rien de propre à la communauté gaie dans cette région ?

S.G. En effet, rien n’est identifié à la communauté, hormis le K-méléon, mais tout le monde est bienvenu dans la plupart des établissements. Encore une fois, la densité dans les grands centres agit sur cette roue qui tourne. Ça permet de créer un achalandage et une demande de plus en plus forte. Ici, ce n’est pas le cas. Néanmoins, les établissements ne se résument pas aux bars. Je plaide à cet égard pour une notion plus large du terme. Moi-même, je ne fréquente pas énormément les bars, mais j’apprécie les restaurants et les cafés qui sont ouverts à la communauté. Je connais moins le Lac-Saint-Jean, mais puisque la densité est moindre, la visibilité et le rayonnement le sont également.

Être. Vous parlez du K-méléon. Selon vous, est-ce un endroit propice aux rencontres dans la communauté, alors qu’une polémique a éclaté à ce sujet, laissant entendre que ce bar ne serait plus « homosympa » ? 

S.G. Je ne commenterai pas les rumeurs, mais je sais que Richard (le propriétaire du bar) travaille très fort pour son commerce. Il est très généreux et a investi énormément pour son bar. Pour ce qui est de la communauté, au K-méléon ou ailleurs, je crois qu’elle a un immense besoin de se rassembler, et évidemment, on en voudrait toujours davantage.

Être. Quel est le plus grand défi, l’enjeu principal de la communauté gaie, de nos jours ?

S.G. C’est à l’international que ça se passe. Nous devrions être solidaires entre pays et lutter ensemble contre les injustices. Je parle entre autres de pays africains où il existe encore des peines d’emprisonnement contre les GLBT. C’est scandaleux. Ça ne signifie pas d’arrêter de lutter localement, mais il n’y a pas d’uniformité dans le monde. Aux États-Unis, il y a des différences marquées entre les États, par exemple entre New York et le Wisconsin. Je le sais pour y être allé souvent.

Être. Vous parlez du reste du monde, mais va-t-on enrayer réussir à enrayer l’intimidation et l’homophobie qui règnent encore dans nos écoles ? Line Beauchamp avait finalement accepté de traiter du sujet, avant sa démission…

S.G. Le 3 avril dernier, elle nous a conviés à des séances de travaux intensifs et encore aujourd’hui, nous en sommes à l’élaboration du projet de loi 56. Nous l’avons bonifié, nous y avons apporté des amendements et des modifications afin de le peaufiner. Au Parti Québécois, ça faisait longtemps qu’on en parlait, alors nous avons travaillé conjointement avec le gouvernement. C’est drôle, parce qu’en 2008-2011, c’est la ministre Courchesne qui avait ce mandat, et sa proposition avait été critiquée parce que ladite loi n’avait pas assez de mordant, elle ne prenait pas assez de dispositions et de moyens pour contrer le problème… Finalement, c’est à elle qu’est revenu le dossier.

Être. Y a-t-il dans cette loi des points qui visent directement l’homophobie dans les écoles ?

S.G. Oui, certaines dispositions sont prises pour la contrer. Avant, on recommandait d’aviser immédiatement les parents d’un jeune qui était victime d’homophobie. « Attention », nous ont dit différents groupes d’interventions (des organismes luttant pour les droits des GLBT), c’est beaucoup plus nuancé et complexe que ça n’y paraît. Ce n’est peut-être pas la meilleure approche de voir un directeur appeler à la maison pour dire aux parents que leur jeune souffre d’intimidation parce qu’il est gai, alors que souvent les parents n’étaient même pas au courant de l’homosexualité de leur enfant ! On va donc davantage penser aux intérêts de l’élève et lui offrir un accompagnement.

Être. Qu’est-ce que ça signifie, concrètement ?

S.G. Ça veut dire des rencontres, des activités de formation, du renforcement. Chaque école sera munie d’un comité multidisciplinaire (directeur, psychologues, enseignants, parents, etc.). Au début de chaque année, le directeur va présenter et expliquer point par point un code de vie aux élèves.

Être. Y aura-t-il des conséquences pour les auteurs d’intimidation ?

S.G. Oui, on va soutenir les victimes, mais on va évidemment poser des gestes contre les intimidateurs, qui pourraient aller jusqu’à l’expulsion, en cas de récidive.

Être. Qu’en est-il de la prévention ?

S.G. J’y travaille très fort. J’ai proposé un amendement à la loi pour en parler davantage. J’ai fait changer le titre de la loi. J’insiste beaucoup sur cet aspect, car il est primordial.

Être. Le 18 mai dernier, vous parliez de la Loi 78 comme d’une « importante régression » et de « dérive sociale ». Vous êtes-vous apaisé depuis ?

S.G. Il n’y a pas eu d’apaisement. D’ailleurs, je suis de plus en plus fier de porter le carré rouge pour dénoncer non seulement la hausse draconienne des frais de scolarité, mais aussi le geste profondément cynique du gouvernement qui accepte un tel outrage. Pour moi, la Loi 78 ne fait qu’élargir le débat, elle cristallise les positions et entretient le cynisme que la population affiche envers la politique. Cette loi a été faite rapidement. Je crois même qu’un bon nombre de mes confrères libéraux l’ont lue en diagonale avant de l’adopter. Ils ont été pris en souricière, sans vraiment l’avoir consultée attentivement. Ils n’ont eu d’autres choix que de s’y conformer.

Être. Est-ce que ça rend les relations en Chambre plus houleuses ?

S.G. C’est certain, elles sont plus distantes. La ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Kathleen Weil, par exemple, invoque toujours et à chaque reprise la Charte, dans une tonne de dossiers, mais elle n’en dit rien au sujet de la Loi 78 qui, pourtant, viole cette Charte à tour de bras.

Être. Est-ce que ça a eu comme effet d’ébranler vos idéaux politiques ?

S.G. Au contraire, ça nous mobilise davantage. J’ai la ferme conviction que c’est la même chose pour les 18-25 ans. Pour eux, l’action politique qui n’avait pas de valeur auparavant va désormais avoir un sens, et ce, pour longtemps. Ils vont aller voter et s’en souvenir. C’est un conflit de société et quand le ministre des Affaires municipales Laurent Lessard a laissé entendre qu’il s’agissait d’un conflit montréalais, j’ai été jeté en bas de ma chaise. Si les manifestations ont été moins bruyantes en région, elles ont quand même été présentes. Par contre, je ne peux expliquer pourquoi ça a pris une telle tournure à Montréal et pas ailleurs.

Être. Si le PQ remporte les prochaines élections, il y a des chances qu’on vous nomme ministre de l’Éducation. Quelles sont, aujourd’hui, les solutions que vous envisagez ?

S.G. Jean Charest, malheureusement, attend que la mobilisation s’essouffle. Pour lui, Gabriel Nadeau-Dubois est un des pires ennemis de sa génération et il voulait à tout prix éviter de l’affronter. De notre côté, ça fait trois mois qu’on parle de négocier avec les associations étudiantes. La meilleure chose qui pourrait arriver, c’est qu’on se débarrasse du gouvernement de Jean Charest. D’ailleurs, nous sommes prêts à toute éventualité. Si nous accédons au pouvoir, Mme Marois annulera la hausse. C’est ce qui est prévu depuis le début et nous sommes tous derrière notre chef. Depuis 2008, on annonce un gel jusqu’à la tenue d’un vaste sommet avec tous les acteurs concernés dans la société. Les syndicats, les universités, les étudiants, les profs… Tout le monde ! Une méga assemblée de cuisine et on en viendra à une solution partagée par tous. Si Jean Charest a entamé des négociations et parle maintenant d’un forum de discussions, c’est qu’il reprend nos idées, mais avec un nom différent.

Crédit photo : document remis.