Enfants et adolescents transgenres : Le Camp des Six Couleurs pour une liberté épanouissante.

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L’organisme Enfants Transgenres Canada a pris la magnifique initiative de créer un camp de vacances pour les enfants transgenres, non-conformes dans le genre et intersexes, Le Camp des Six Couleurs. Une belle idée qu’il faut soutenir et comprendre pour qu’elle se développe dans l’avenir.

L’organisme Enfants Transgenres Canada existe à Montréal depuis plus d’un an. Il a été créé par des parents pour les familles dont un ou plusieurs membres sont transgenres. Cet organisme est plus qu’une structure utile à but humaniste, elle est vitale pour l’équilibre et le développement des êtres humains avec toutes leurs différences. Vivre dans le respect des uns et des autres est probablement la façon la plus saine de construire l’avenir, mais pour cela chaque enfant doit pouvoir grandir dans l’estime de soi.

Nous avons rencontré Sophie Labelle, intervenante auprès d’Enfants Transgenres Canada et organisatrice cette année de la première édition du Camp des Six Couleurs, le premier camp de vacances dédiés aux enfants transgenres, intersexes et non-conformes dans le genre au Canada.

« Ces enfants vivent des expériences et des parcours particuliers, qu’il nous faut reconnaître et rendre légitime afin qu’ils ou elles évoluent sainement, » explique Sophie Labelle avec clarté et motivation.

« Par exemple, si un enfant s’identifie comme étant androgyne, il faut respecter son identité de genre, les prénoms sont alors très importants. Le genre qu’on assigne aux enfants lors de leur naissance ne définit pas nécessairement son identité, et le bon vocabulaire est indispensable pour leur évolution et leur épanouissement. Le camp de vacances est un endroit idéal pour cela, un espace sécuritaire dans lequel ils peuvent exprimer leur identité sans craindre d’être jugés. »

Le camp s’adresse aux enfants de 7 à 15 ans, bien que l’organisme Enfants Transgenres Canada s’occupe d’un éventail d’âge plus large, soit de 4 à 16 ans. « Comme pour les enfants cisgenres (qui s’identifient du même genre que celui assigné à la naissance), la connaissance intime de notre genre d’identification se révèle souvent très tôt dans la vie. Ce n’est pas une décision prise un matin en se réveillant! Ce n’est pas non plus comparable avec l’éveil de la sexualité, qui s’affirme davantage à la puberté. Et tout l’intérêt du camp de vacances est qu’ils ont un endroit pour exprimer entièrement et librement qui ils sont. », poursuit Sophie.

Beaucoup de ces organismes ne sont pas subventionnés et ne reçoivent pas d’aide gouvernementale, ce qui est pourtant nécessaire à long terme car les systèmes administratifs des écoles et des camps de vacances ignorent ses enfants en utilisant les noms et les mentions de sexe légaux mais qui ne correspondent pas à leur identité. Cela crée des situations douloureuses qui les mettent à l’écart. « Il y a toute une série d’histoires horribles d’enfants transgenres qui se retrouvent dans des situations humiliantes et traumatisantes dans le milieu scolaire ou dans les camps de vacances plus traditionnels. Par exemple, placer un enfant assignée garçon à la naissance mais qui s’identifie comme fille dans un dortoir de garçons provoque des drames évidents ! », confirme Sophie Labelle qui développe avec pertinence sur la condition sociale des personnes transgenres.

« Dues à la stigmatisation sociale, les personnes transgenres vivent souvent des situations précaires, relatives à l’accessibilité à l’emploi, aux soins de santé ou au logement, et comptent parmi les groupes humains les plus à risque de souffrir de pauvreté, de chômage ou d’exclusion. Au sein même de la communauté LGBT, on rapporte énormément de cas de transphobie et de cissexisme, et c’est sans compter le sexisme et la misogynie qui s’y mêlent lorsqu’on évoque l’expérience des femmes trans. »

Il est difficile de comprendre tout le travail qu’il reste à faire socialement et humainement parlant car les personnes transgenres sont souvent invisibles et absentes du débat public, et nous les connaissons peu. Sophie Labelle en souligne les évidences : «La plupart du temps nos expériences sont racontées par des personnes qui ne sont pas transgenres. Le regard est souvent externe même si le journaliste est réceptif et de bonne foi. Il n’y a aucun représentant social (journaliste, politicien, etc.) qui soit ouvertement transgenre. Aux yeux du public, nous n’existons pas. Il y a 10 ans nous n’avions même pas accès aux soins de santé dont nous avions besoin. Il est difficile pour des parents ou des tuteurs de comprendre comment agir avec un enfant s’identifiant au genre opposé à celui assigné à sa naissance, quand une telle expérience est décrite comme étant illégitime et non-avenue par les médias. Ces derniers s’attardent trop souvent sur l’aspect médical et chirurgical. On décrit encore, à tort, le fait de transitonner comme étant un mal-être vis-à-vis de son corps alors qu’en fait il s’agit d’un désaccord envers une attribution de genre à la naissance qui ne correspond pas à son identité. En s’attardant trop souvent sur les opérations et procédures chirurgicales -que toutes les personnes transgenres ne souhaitent pas forcément- c’est tout un discours social sur le corps de ces personnes qui s’articule, un discours très négatif qui dit qu’elles ne sont “pas nées dans le bon corps” ou qu’elle sont “prisonnières d’un corps d’homme ou de femme”… Les personnes trans doivent se réapproprier leurs expériences, leurs parcours et le discours sur leur corps qui sont encore aujourd’hui fortement régulés par le médical et le législatif, comme a pu l’être jadis l’homosexualité.»

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Sophie Labelle est investie dans la lutte au cissexisme. Faire une place pour les personnes transgenres dans la société est un premier pas contre l’exclusion sociale.

Oeuvrant dans le domaine de l’éducation depuis plusieurs années, son expérience lui a prouvé combien les enfants transgenres sont stigmatisés et mis à l’écart dans de trop nombreuses situations. Le Camp des Six Couleurs est d’autant plus important qu’il peut aider à long terme ces enfants à se construire.

« Ce n’est pas un école, mais un camp de vacances et le but est qu’ils ou elles profitent des vacances sans qu’on leur rappelle leur genre assigné à la naissance ou sans qu’ils aient à se justifier. Les activités proposées au camp n’ont rien d’extraordinaires : ce sont celles offertes dans n’importe quel autre camp. Toutefois, ces enfants ont l’opportunité d’être reconnus dans leur identité, ainsi que de tisser des liens significatifs avec d’autres jeunes vivant des expériences semblables. »

Le Camp des Six Couleurs a mené une levée de fonds avec beaucoup de succès à la fin du mois de juin, une cause qui mérite un soutien continu. Le camp de vacances s’ouvrira la première semaine du mois d’août. Le site reste confidentiel pour la sécurité des enfants.

Pour tout renseignement :

Camp des Six Couleurs

[email protected]

www.enfantstransgenres.ca

www.lesbebespigeons.com