Élections fédérales, un an après : « Des droits vont être attaqués »

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Être. Que vous inspire cette première année du gouvernement conservateur majoritaire concernant les droits GLBT ?

Philip Toone. Il va falloir rester très vigilant. Le gouvernement Harper n’est pas notre allié. On en a encore eu la preuve avec l’affaire du « divorce gai » quand des personnes homosexuelles, venues de l’extérieur du Canada, mais qui s’étaient mariées ici, se sont fait refuser le divorce sous prétexte que leur union n’était pas reconnue dans leur pays d’origine. En mettant de la pression sur les conservateurs, on a fini par les faire changer d’avis. C’est une bonne chose, mais normalement, on n’aurait même pas eu à les presser. Je pensais qu’on avait déjà gagné cette bataille-là…

Être. Certains pensent que le gouvernement Harper a voulu tester le degré de mobilisation des militants GLBT…

P.T. Ça n’arrête pas, ce genre de tests ! C’est épuisant de toujours devoir être sur nos gardes. On pourrait passer à autre chose, non ? Il y a là un phénomène nouveau pour le Canada. Auparavant, ce pays était un château fort pour les droits des GLBT.

Philip Toone

Être. Vous êtes donc pessimiste à court terme ?

P.T. Désormais, il faut s’attendre à quatre années difficiles. Un certain nombre de droits vont être attaqués. Les possibles conséquences de l’action du gouvernement m’inquiètent : quand certains politiciens agissent comme si les GLBT n’avaient pas de droits, certaines personnes peuvent pour leur part se dire : « Je peux faire ce que je veux ». Il va falloir surveiller les statistiques sur la violence à l’encontre de la communauté.

Être. Un autre défi se dresse devant l’opposition officielle : faire adopter le projet de loi permettant d’inclure les trans dans les catégories sociales que doit protéger la Loi canadienne sur les droits de la personne

P.T. Le texte avait été voté par les députés lors de la précédente législation, mais le déclenchement des élections ne nous a pas permis empêchés de le présenter au Sénat. Désormais, tout est à recommencer. Il nous faut la moitié des voix à la Chambre des communes. On en a une centaine  avec le NPD : il en reste une cinquantaine à aller chercher. Il y a bien sûr les libéraux, mais ils ne sont pas tous d’accord. Certains députés conservateurs se montrent aussi ouverts. Ce sera encore plus dur difficile au Sénat. Il faut donc que les citoyens qui se sentent concernés nous aident.

Être. De quelle manière ?

P.T. On demande aux gens d’appeler leur député ou leur sénateur. Il est temps de mettre de la pression sur les décideurs politiques. Les trans devraient même se rendre directement au bureau du parlementaire. Il faut montrer qu’on est là. C’est seulement en agissant ainsi que les députés se réveilleront et verront qu’on ne parle pas de choses abstraites quand on dit qu’on a oublié les trans dans la Charte des droits.

Être. Il y a eu de fortes réactions devant la possibilité qu’on interdise à des trans de monter à bord d’un avion, pour des raisons de sécurité, parce qu’ils ou elles ne ressembleraient pas à la photo de leur passeport. On a remarqué que ce n’est pas l’opposition officielle qui a découvert cette nouvelle disposition, mais un blogueur…

P.T. Ça prouve qu’Internet est devenu un outil puissant (rire) et que la meilleure manière pour défendre ses droits, c’est de les revendiquer soi-même. Le député ou le sénateur n’est pas omnipotent. Il faut intégrer le Parlement ou l’Assemblée nationale dans le processus. On ne peut pas tout voir. Là encore, en demandant des explications, on a réussi à faire reculer le gouvernement, qui a affirmé vouloir réétudier cette question.

Être. Les militants GLBT sont donc mobilisés ?

P.T. Oui, et je suis fier de ça. Bien sûr, on aimerait mieux célébrer les victoires qu’être toujours en train de batailler pour défendre des droits déjà acquis. Mais, c’est un fait, dans les quatre ans qui viennent, il va falloir combattre plus souvent que d’habitude.

Être. Le NPD devrait bientôt présenter un texte pour lutter contre l’intimidation en milieu scolaire. Qu’allez-vous proposer ?

P.T. Dany Morin [porte-parole associé du parti sur les questions GLBT, ndlr.] travaille encore sur ce texte. Le rôle fédéral reste avant tout d’ordre financier, afin de soutenir les programmes des provinces, qui gèrent au quotidien ce type de problèmes. Il y a encore beaucoup de travail à faire. Ça fait trop longtemps qu’on laisse passer des choses. Il y a enfin un consensus sur la question. Alors, profitons-en pour avancer.

Crédit photo : Î ρωθυπουργός της Ελλάδας (Stephen Harper), Couvrette/Ottawa (Philip Toone)