Élection présidentielle en France : à la recherche du temps perdu

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Cinq ans et après ? Arrivé au pouvoir en mai 2007, Nicolas Sarkozy (photo) n’a jamais envisagé de donner le mariage et l’adoption aux lesbiennes et aux gais. Néanmoins, des promesses avaient été faites et sont restées lettre morte, selon la plupart des associations et des militants français.

« Lors de sa campagne électorale, il a essayé de séduire les GLBT avec deux annonces, l’un sur la création d’un statut du beau-parent, reconnaissant indirectement l’homoparentalité, l’autre concernant un partenariat à l’anglaise », explique Jean-Luc Roméro, l’un des rares hommes politiques ouvertement homosexuels, passé depuis quelques années de la droite à la gauche de l’échiquier politique. Selon le conseiller régional d’Île-de-France, « Nicolas Sarkozy revendique clairement n’avoir aucun bilan à ce sujet car sa majorité n’est pas intéressée voire opposée ».

Dès lors, seules des améliorations apportées au Pacte civil de solidarité (PACS) créé par la gauche en 1999 paraissent avoir marqué positivement le quinquennat sarkozyste. Pour le reste, il s’agit de « cinq années de stagnation », résume Louis-George Tin, président du Comité IDAHO et fondateur de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie.

Attirés par l’extrême droite ?

Donné perdant dans les derniers sondages face au candidat socialiste François Hollande (photo ci-dessous), Nicolas Sarkozy a fortement contrarié les gais de droite. Le mouvement GayLib, fervent soutien de l’ancien ministre de l’Intérieur en 2007, lui a retiré son soutien après une entrevue datée de février 2012 où le président réitérait son refus de faire une loi en faveur du mariage gai au nom des « repères » dont aurait besoin la France. « Si on voulait susciter un vote de rejet de la part des ga[i]s, on ne s’y prendrait pas autrement », a expliqué Emmanuel Blanc, président de GayLib, au magazine gai Têtu.

Dès lors, que vont faire les déçus gais du sarkozysme ? Certains les imaginent charmés par les chants de l’extrême droite et de sa candidate, Marine Le Pen (Front national). « Ils voient les élus de l’UMP [Union pour un mouvement populaire, le parti de Nicolas Sarkozy] se lâcher en comparant les homosexuels à des animaux ou à des pédophiles, sans grosse réaction du pouvoir, explique Jean-Luc Roméro. Paradoxalement, on n’entend plus de propos homophobes au FN. Ils pourraient donc prêter attention à ce que leur dit Marine Le Pen ».

François Hollande, candidat socialiste à l'élection présidentielle

Dans son essai polémique « Pourquoi les gays sont passés à droite », Didier Lestrade, fondateur de l’association Act Up, va plus loin, affirmant que « les homosexuels se décomplexent face au Front national car le Front national s’est décomplexé face aux ga[i]s ». L’extrême droite, tout en excluant le mariage et l’adoption pour les couples de même sexe, brandit la menace islamiste pour tenter de rallier la communauté GLBT. « Le ga[i] français devient chauvin. C’est ce qu’on appelle l’homonationalisme », déclare Didier Lestrade.

Des sujets délaissés

Son avis reste toutefois minoritaire. Pour Paul Parant, journaliste chez Têtu, « il y a des ga[i]s au FN, il y en a toujours eu. Mais, proportionnellement, il n’y en a pas plus que dans la population en général, ce qui fait que la tendance n’a rien de particulier. Marine Le Pen a fait un début de campagne spectaculaire et elle a parlé des homos plusieurs fois dans ses discours […]. Mais dans notre dernier sondage [fait auprès de la communauté GLBT] elle s’effondre, je pense que les homosexuels ont su capter son manque de sincérité ».

La même étude montre qu’une large majorité de gais (plus de 45%) se dit sur le point de voter pour François Hollande au premier tour. Mariage, adoption, amélioration des droits des trans, droit de donner son sang pour les gais, etc. Le candidat socialiste promet beaucoup, tout comme les autres prétendants de gauche qui concourent à l’élection (cinq au total, contre quatre à droite et l’extrême droite et un au centre). Jamais elle n’a été aussi unie sur ces questions. « C’est peut-être facile pour la gauche qui n’a pas eu le pouvoir depuis dix ans, mais il faut le noter », confirme Paul Parant.

De fait, ces dernières semaines ont été marquées par des prises de position claires, notamment lors d’un grand meeting de l’Égalité, le 31 mars, où chaque candidat ou son représentant (sauf Marine Le Pen et le Front national, non invités) a exposé son programme. Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole de François Hollande, a été chaudement applaudie. Geoffroy Didier, venu au nom de Nicolas Sarkozy, a dû affronter les huées de la salle.

Au final, les militants semblent attendre une victoire du Parti socialiste, histoire de rattraper le temps perdu. « En Europe, pour ce qui est du mariage, l’égalité des droits a été presque partout votée par des gouvernements de gauche. La droite est au pouvoir depuis en France depuis dix ans. C’est cela qui explique le retard pris », souligne Louis-George Tin. Ce dernier regrette néanmoins que d’autres sujets, comme « la dépression et le suicide des jeunes, les violences homophobes, la question trans, et la résolution pour une dépénalisation universelle de l’homosexualité » n’aient pas été suffisamment évoqués au cours de cette campagne électorale.

Crédit photo : rsepulveda (Nicolas Sarkozy), jmayrault (François Hollande).