Droits GLBT en Amérique du Sud. L’exemple argentin

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Argentine mouvement GLBT

Être. Est-ce que les mariages gais sont nombreux depuis l’adoption de la loi ?
Guillermo Lovagnini. Oui, il y a beaucoup d’unions, les gais et lesbiennes sont heureux. Jusqu’à présent on estime que 850 couples se sont dits oui. Tout cela est devenu quelque chose de «normal» en Argentine. Bien sûr, se marier n’est pas le souhait de tous les homos. Certains ne ressentent pas ce besoin. L’important est que ce vote a constitué un véritable moment historique pour le pays. Le débat a été un épisode très important sur le plan culturel en Argentine. Il a montré à la société que les LGBT avait des vrais besoins.
Être. Avec le recul, quels facteurs ont permis cette victoire des LGBT en Argentine ?
G.L. Je dirais que la première raison est politique. C’est la volonté du gouvernement argentin et celle de la présidente Cristina Kirchner qui ont permis à cette loi de passer. Beaucoup de députés et de sénateurs ont appuyé cette loi. Il y a eu un vrai consensus dans la classe politique. Le gouvernement et la présidente ont vraiment permis cela. C’est cet ensemble qui a été déterminant.
Être. On a également l’impression qu’il y a eu une mobilisation extraordinaire de la communauté gaie et lesbienne…
G.L. Tout à fait, c’est l’autre raison principale du vote positif advenu au mois de juillet. Le monde LGBT argentin s’est effectivement mobilisé de manière très marquée. Le mouvement en faveur des droits des gais, lesbiennes et trans a toujours été très fort en Argentine. Ici à Rosario, la deuxième ville du pays, où est basée notre association, on a pleinement ressenti cela. Cette mobilisation y existe depuis les années 80. Nous avons par exemple réussi à obtenir un programme pour la diversité sexuelle. C’est donc finalement logique qu’on ait vu autant de LGBT lors du débat sur le mariage gai.

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«Il reste encore 20 ou 30 ans de lutte. Il y a bien sûr un combat à mener sur le plan culturel : il faut faire changer les mentalités. C’est très difficile et très long.»

Être. On imagine que Cristina Kirchner est devenue une idole pour les gais…
G.L. Oui, moi je l’adore (rires).
Être. On la dit pourtant manipulatrice et qu’elle se serait servi du mariage LGBT comme d’un paravent pour faire oublier d’autres problèmes sociaux. Avez-vous cette impression ?
G.L. Non. Certes, elle fait de la politique, donc forcément elle sait manœuvrer et elle a envie d’être bien vue par le maximum de personnes. Mais j’estime, à l’instar de beaucoup de gens, qu’elle fait du bien au pays. Même si idéologiquement, je ne fais pas partie de son camp, je l’apprécie. Elle est de ma génération, je la comprends. L’Argentine est meilleure grâce à elle et à son défunt mari, l’ancien président Nestor Kirchner.  Ce dernier, grâce à son intelligence, son habileté, ses alliances et sa volonté, a été très important pour que le mariage gai soit légalisé. Ils incarnent tous deux une politique moderne, loin des anciennes générations d’hommes politiques de droite, conservateurs.
Être. Pourquoi l’Argentine est-elle la première à avoir autorisé le mariage gai en Amérique du Sud ?
G.L. Cela fait partie d’une certaine tradition. Nous avons souvent été un pays en avance sur les autres concernant les droits sociaux. L’Argentine a été par exemple le premier État à autoriser le divorce. Notre nation a un côté précurseur qu’on retrouve une nouvelle fois avec le mariage pour les gais et les lesbiennes. Bien sûr, il y a, chez nous comme ailleurs, des obstacles importants, par exemple l’Église catholique, toujours très forte. Mais celle-ci a des choses à se reprocher. Je pense à sa participation à la dictature des militaires. Par ailleurs, de très nombreuses affaires de pédophilie visant des religieux ont été révélées ces derniers temps. Par conséquent, l’Église argentine a des problèmes urgents à régler et n’a peut-être pas pu se mobiliser autant qu’on pourrait pu le voir ailleurs en Amérique du Sud.
Être. Pensez-vous que d’autres pays de la région pourraient être inspirés par le vote argentin ?
G.L. Oui, certainement. Je considère que l’Argentine est un miroir de l’Amérique du Sud. Le Chili, le Pérou, la Bolivie ou encore le Paraguay nous prennent en exemple. Il y a des projets qui sont en cours dans ces pays pour que soient autorisées les unions gaies.
Être. Quels sont les prochains combats à mener pour les LGBT argentins ?
G.L. Il reste encore 20 ou 30 ans de lutte (rires). Il y a bien sûr un combat à mener sur le plan culturel : il faut faire changer les mentalités. C’est très difficile et très long, notamment dans les villes plus petites que Buenos Aires ou Rosario. Le Sida est toujours, également, un problème très préoccupant. Il y a aussi le problème des vieux GLBT. Personne ne s’occupe de cela. Il y a des maisons de retraite pour eux en Allemagne. Ici, rien n’est prévu. C’est comme s’ils n’existaient pas, c’est la dictature de la jeunesse. Il  faudra par ailleurs lutter de manière très forte pour le futur des transgenres, qui n’ont pas de travail et qui n’auront donc pas de retraites. Quel sera leur avenir ? En 2011, il y a toujours des codes appliqués par les policiers dans certaines régions en Argentine qui font que les trans se retrouvent en prison.
Crédits photos: Globovision.

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