Diplomatie et droits GLBT: « L’ONU fait son travail »

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Être. Dans quel cadre avez-vous participé à cette conférence ?

Alexis Musanganya. Depuis 2007, je suis membre du comité conseil de l’International Gay and Lesbian Human Rights Commission (IGLHRC) sur l’Afrique. Elle faisait partie des ONG qui avaient organisé cette conférence. Comme notre mandat se limite au Québec, on s’est donné comme devoir de s’informer sur ce qui se passe en Afrique, puisque ça a une incidence directe sur notre population ici, mais aussi sur les gens qui vont utiliser leur orientation sexuelle pour avoir le statut de réfugiés.

Être. Quelles conclusions ont été tirées ?

A.M. Cette réunion était d’abord l’occasion de célébrer les droits humains. Mais aussi de faire le point : où est-ce qu’on en est avec les droits LGBT ? Qu’est-ce que les organismes internationaux peuvent faire pour faire avancer les choses ? Parmi les avancées, on a évoqué le cas de l’Argentine, de l’Afrique du Sud qui, au mois de juin, a adopté un décret-loi qui va dans l’avancée des droits des gais et des lesbiennes. On a aussi pointé du doigt les reculs, au Nigéria ou en Ouganda. Heureusement, il y a le cas du Malawi qui commence à ouvrir des portes sur une décriminalisation imminente de l’homosexualité.

Alexis Munsanganya

Être. Diriez-vous que l’action de l’ONU est efficace en matière de droits GLBT ?

A.M. L’ONU ne peut rien imposer. Dans les réponses que j’ai obtenues des représentants de l’ONU, entre autres de Ban Ki Moon lui-même, on voit qu’ils ont toujours les droits GLBT à leur agenda quand ils rencontrent des présidents et des ministres de la justice. Par exemple, en Ouganda, la loi [anti-homosexualité] proposée il y a deux ans n’a pas encore été votée. Pourquoi ça tarde ? Parce que des gens, dans la coulisse, sont en train de parler. L’ONU fait son travail et elle s’appuie toujours sur les rapports des défenseurs des droits humains qui se trouvent sur place.

Être. N’y a-t-il pas un risque de cristalliser l’opposition des États où l’homosexualité est encore considérée comme un crime ?

A.M. C’est plutôt l’inverse qu’on est en train de vouloir montrer en donnant de la visibilité aux militants, en permettant par exemple au porte-parole nigérien, de nous exposer la situation dans son pays [depuis quelques jours, l’homosexualité y est passible de 14 ans de prison] et de voir ce dont ont besoin les activistes sur place.

Le cas du Malawi est très intéressant. Je lis ces derniers temps des articles qui parlent de la volonté d’y décriminaliser l’homosexualité en citant la pression internationale, disant que le président s’est mis à genoux devant le Royaume-Uni. Mais aucun média ne parle de la société civile ! Agir ainsi revient à donner raison aux pays qui disent que l’homosexualité « est extérieure » à l’Afrique. Nous voulons, au contraire, leur montrer que ce sont eux qui sont mal intentionnés, car les gais et les lesbiennes de ces pays-là travaillent d’arrache-pied pour atteindre l’égalité.

Crédits photos : Matt Wooton (Onu) et document remis (Alexis Musanganya)