Des trans maltraités par le personnel de la santé

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Cette discrimination serait très répandue : « Nous avons constaté que des transsexuels et des transgenres subissent de la discrimination dans tous les types d’établissements de santé au Québec et qu’elle peut être exercée par des préposés à divers postes, des infirmières et même des médecins. Des transgenres et des transsexuels ont même dû subir des refus de traitement », explique monsieur Billy Hébert, chargé de projet à la Chaire de recherche. Ce dernier précise toutefois que la discrimination n’est pas érigée en système dans le réseau de la santé.

Les préjugés s’expriment dans la situation où la discrimination côtoie un problème de formation : « Ce n’est pas difficile de bien servir les transsexuels et les transgenres.  Il suffit d’être informé et sensibilisé à leurs réalités. Les problèmes surviennent lorsque nous devons faire face à des barrières institutionnelles et informationnelles. Ce sont ces murs qu’il faut abattre », affirme Billy Hébert.

Difficile d’accéder à un psychologue

Pour réaliser l’étude, les chercheurs ont interrogé une douzaine de trangenres et de transsexuels de Montréal et de régions du Québec qui, sous le couvert de l’anonymat, ont témoigné de leurs expériences vécues dans les établissements de santé au cours d’entretiens qui se sont déroulés de façon périodique entre le mois de novembre 2011 et le mois d’avril 2012.

Les auteurs ont également rencontré pendant la même période un médecin, un sexologue, un psychologue et deux intervenants en milieu communautaire qui ont accepté de se prêter à toutes les exigences que commande une telle étude: « Ils ont été très généreux dans l’information qu’ils ont rendue disponible aux fins de la recherche », assure Billy Hébert.

Le problème le plus souvent rencontré par les transsexuels et les transgenres est lié à leur identité, lorsque celle présentée diffère de celle contenue sur la carte de la Régie de l’assurance-maladie du Québec. Le cas le plus pathétique raconté par une des transgenres participant à l’étude est survenu lors de la présentation d’un formulaire pour passer des prises de sang : « Avec une apparence de femme et une carte d’assurance-maladie révélant une identité d’homme, elle s’est fait répondre par une préposée à l’accueil d’un établissement de santé et ce devant tous les autres patients assis dans la salle d’attente : “Mais madame vous n’avez pas de prostate, comment se fait il que cet examen soit contenu dans la liste des prises de sang que vous devez subir”. Tout le monde s’est éclaté de rire et la transgenre s’est senti humiliée et victime de discrimination »,  raconte Billy Hébert.

Les transgenres qui veulent vivre une transformation (changement de sexe) doivent faire face à un problème d’accès à un psychologue. Selon l’étude, il est extrêmement difficile de trouver un spécialiste acceptant de fournir à un patient une prescription pour la prise d’hormones.

Guide et tournée

De plus, les personnes qui ont changé de sexe il y a 30 ou même 20 ans éprouvent aujourd’hui des ennuis de santé. « Au cours de ces années, les psychologues prescrivaient de trop fortes doses d’hormones, ce qui a provoqué des complications de santé qui sont aujourd’hui particulières. Ces patients doivent être suivis par des médecins sur une base régulière », selon Billy Hébert.

Les transsexuels et les transgenres  qui ont participé à l’étude ont également fait part de leurs inquiétudes face à la problématique du logement et des maisons de retraite lorsque viendra le moment de choisir un lieu de fin de vie. « Il n’existe pas au Québec de résidences pour transsexuels et transgenres retraités et/ou en perte d’autonomie, indique Billy Hébert. Nous avons d’ailleurs tenté de recruter des transsexuels et des transgenres qui sont rendus à cette étape de leur vie et aucun d’entre eux n’a voulu répondre à nos questions de peur d’être victime de discrimination à l’intérieur du lieu habité actuellement »

Pour tenter d’améliorer cette situation, les auteurs de l’étude vont produire un guide d’information. Distribué dans tous les établissements de santé, il doit aider le personnel à bien servir les transsexuels et les transgenres.

Une tournée d’information se mettra également en branle à l’automne 2012 afin de remplir l’objectif de sensibilisation. La tournée, dirigée par des membres de la Chaire de recherche sur l’homophobie de l’UQAM, inclura également un volet consacré aux témoignages : « Nous aimerions être accompagnés par des transgenres et des transsexuels au cours de ses séances. Nous allons débuter le recrutement à la fin de l’été », déclare Billy Hébert.

Les transsexuels et les transgenres qui voudraient en faire partie peuvent écrire à l’adresse courriel suivante : recherche.aines.trans@gmail.com.

Crédit photo : mtsofan.