David Fortin, deux ans après: toujours le silence

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David Fortin

Deux ans et guère d’avancées. Personne ne sait aujourd’hui où se trouve David Fortin. Si même ce dernier est encore vivant. Le 10 février 2009, l’adolescent de 14 ans, après avoir boutonné sa veste rouge et noire, quitte le domicile familial d’Alma (ville de quelque 30.000 habitants située au Saguenay-Lac-Saint-Jean) pour, en principe, se rendre à l’école Camille-Lavoie. Il ne prendra jamais le bus censé l’y amener. Depuis, on a perdu sa trace.
Les appels de sa mère Caroline et de son père Éric n’auront rien changé. Pas plus que les dizaines d’émissions spéciales qui ont tenté de faire avancer une affaire qui a ému tout le Québec.

Du Saguenay à Montréal?

Le retentissement de cette disparition explique peut-être les multiples fausses pistes et rumeurs qui ont vu le jour ces deux dernières années. David Fortin aurait été vu sur une artère très achalandée au Saguenay, au Centre Bell lors d’un match de hockey, dans la région de Winnipeg…
À chaque fois, les médias reprennent l’information, avant de démentir. D’autres voix disent, moins officiellement cette fois, que le jeune s’est réfugié à Montréal et a trouvé de l’aide auprès de diverses personnes, sans qu’on ait pu néanmoins vérifier ces faits.
Reste que l’homophobie apparaît comme étant au cœur de l’énigme de la disparition de David Fortin. Mais cet aspect de l’affaire reste tabou. Difficile ainsi d’en trouver une quelconque trace dans la presse pourtant volontiers disserte lorsqu’il s’agit de tels faits divers.

L’homophobie au centre de l’affaire

Certaines déclarations de la mère de l’adolescent mettent cependant sur la voie. Caroline Lachance a ainsi affirmé on ne peut plus clairement que, dans l’escalade des insultes, son fils se faisait traiter de «fif» et de «tapette» à l’école durant les mois qui ont précédé sa disparition. «De toute manière, lorsqu’un garçon se fait maltraiter à l’école, c’est la plupart du temps liée à de l’homophobie», rappelle un journaliste qui a suivi de près l’affaire.
Ce dernier appuie son propos sur le témoignage de plusieurs étudiants qui lui ont «confirmé le caractère homophobe de certaines attaques dont a été victime David Fortin».
«J’ai fait un vrai travail d’investigation, j’ai interrogé pas mal de gens mais à part ces quelques étudiants, je n’ai pas pu apporter la preuve tangible de ce que nous sommes beaucoup à penser», explique encore le journaliste. Les parents de David Fortin ont de leur côté toujours nié que leur fils était homosexuel.

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L’homophobie scolaire enfin médiatisée

Il n’empêche : l’affaire David Fortin a finalement réveillé la société québécoise et l’a placée en face de la question de l’homophobie scolaire, sujet longtemps mis de côté par les autorités. Certains détails de l’histoire ont ainsi fait réagir, comme le fait de «savoir que la mère de David Fortin a contacté la commission scolaire pour que son fils puisse prendre le bus sans ceux qui le harcelaient mais que rien n’a vraiment été fait dans ce sens», explique le jeune Gengis Grenier, qui est convaincu que l’homophobie est au cœur de l’affaire.
Ce dernier a lancé sa pétition pour combattre l’homophobie scolaire à cause de la disparition de David Fortin qui lui a rappelé des détails de sa propre expérience. C’est aussi parce que la disparition a tant ému l’opinion publique que Gengis Grenier a réussi à faire parler de lui et de son initiative, recueillant de nombreuses signatures, et voyant sa pétition présentée à l’Assemblée nationale. Lorsque le jeune homme est récompensé en 2010 par Martin Lemay pour son action, le député n’oublie pas d’évoquer le cas de David Fortin.

Reste LA question centrale

Chose certaine,  malgré la popularité de l’animateur, la sortie de son livre Osti de fif! (où il raconte l’enfer vécu à l’école) et le lancement de la Fondation Jasmin Roy n’auraient certainement pas eu ce retentissement sans les événements précédents. «Gengis Grenier et Jasmin Roy sont des conséquences» de ce qui est arrivé à Alma, confirme le journaliste rencontré par RG.
Une fois ces constatations faites, il reste néanmoins une question centrale : «Qu’est devenu David Fortin ?». Deux ans après, il est donc toujours impossible d’y répondre. En décembre 2010, l’association Jeunesse au Soleil a renouvelé la récompense offerte contre des informations. La police affirme croire pouvoir encore progresser dans son enquête.
Crédits photo: RDI.

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