Dans la chambre de Travis Mathews au Festival Image + Nation

Par  |  Aucun commentaire

RG. Parlez-nous un peu d’I want your love. De quoi traite le film.

Travis Mathews. C’est l’histoire d’un jeune homme qui se cherche. Il décide de quitter San Fransisco où il vit depuis dix ans, pour retourner dans la petite ville où il a grandi, vivre avec son père pour rembourser ses dettes et ultimement trouver ce qu’il souhaite faire de sa vie. Il ignore ce qui l’attend, mais il est conscient de tout ce qu’il laisse derrière.

RG. Votre film montre une communauté queer créative de San Francisco. Quel rapport l’artiste gai entretient-il avec la ville?

T.M. Je ne pense pas que la ville soit essentielle à l’épanouissement artistique. Elles sont généralement hors de prix et offrent des conditions de vie ardues pour les gens au revenu limité. Par contre, pour vivre de son art, il doit y avoir une communauté avec qui échanger. Une communauté avec qui il est important d’interagir. C’est ce que les grandes villes offrent. Je ne crois pas que l’on doit être quelque part pour arriver à créer, mais dans le cas de Jesse, il ressent soudainement le besoin de s’isoler pour se définir. Il se demande s’il est un artiste, s’il en deviendra un, si c’est ce qu’il souhaite.

RG. Quel a été le point de départ de ce scénario?

T.M. C’est à l’été 2009 alors que je faisais In Their Room que l’idée a germé. L’été 2009 a été vraiment particulier. Sans vouloir être ésotérique, cet été-là a été magique. Beaucoup de choses se sont mises en place et m’ont inspiré. J’en suis arrivé au constat que je devais offrir mon point de vue sur la communauté auquel j’appartiens et capter une dimension documentaire et anthropologique de ce monde. Je constatais que plusieurs collaborateurs d’In Their Room partageaient ce besoin de montrer leur existence de façon réel. C’est à travers le quotidien et des choses vraiment simples que j’ai trouvé le moyen de tracer le portrait de la communauté queer. Les moments les plus banals de la vie des acteurs de mon projet me permettaient de capter le zeitgeist de notre réalité actuelle.

RG. Votre travaille sur In Their Room a donc fait naître I Want Your Love?

T.M. Oui. J’avais envie de retravailler avec des membres de mon équipe, dont Jesse qui tiens le rôle principal d’I want your love. Je sentais qu’il était nécessaire de pousser cette idée du quotidien et d’explorer l’intimité jusque dans une sexualité sans artifice. Ça m’apparaissait normal d’intégrer la vie sexuelle puisque c’est une partie importante de nos vies et qu’on se révèle beaucoup à travers elle. Pour bien représenter ma communauté, je devais être honnête dans mon approche des scènes de sexe. J’ai tâché de filmer l’intimité de façon explicite, mais jolie, en évitant les pièges de la porno afin que ces scènes servent l’évolution de l’histoire et des personnages. Les acteurs ont été très généreux. Ils ont suivi mon approche. C’était un défi important pour eux de se livrer à ce point, d’exposer leur vulnérabilité. Il ne pouvait pas fuir dans la démonstration ou la construction d’un personnage comme c’est le cas dans le cinéma X par exemple.

RB. À ce propos, le film est produit par Naked Sword, une compagnie de production de films pornographiques. Ont-ils eu leur mot à dire sur le traitement des scènes sexuelles dans le film?

T.M. Je croyais à la base qu’ils imposeraient des règles sur la quantité ou la façon d’aborder le sexe, mais pas du tout. Ils m’ont laissé toute la liberté. Ils savaient que je ne souhaitais pas faire un film pornographique, mais ils étaient intéressés par ma démarche et la visibilité que ça pourrait leur donner aux yeux d’une clientèle différente.

I WANT YOUR LOVE -teaser from Travis Mathews on Vimeo.

RG. I Want Your Love offre une vision vraiment décomplexée de l’homosexualité. Était-ce pour vous un objectif artistique de montrer la communauté sous cet angle ou était-ce seulement la description d’une réalité qui est la vôtre?

T.M. Je dirais que c’est un peu des deux. Je voulais à tout pris éviter la démagogie et les thèmes conventionnels abordant les problématiques liées à l’homosexualité. Je voulais simplement plonger dans la réalité de ce monde et le présenter tel qu’il est.

RG. Vous avez été approché par James Franco pour son projet « James Franco’s Cruising ». Difficile de ne pas vous demander comment s’est déroulé le travail avec le séduisant acteur.

T.M. Ça a été très facile. James s’est montré très généreux et détendu dans tout le processus. Nous avons décidé dès le départ que le film serait composé à 80 % du processus de création. Nous avons convenu que nous serions filmés à tout moment. C’est donc sous l’oeil de 3 caméras que j’ai fait sa connaissance dans le réel.Le 20 % restant inclut le film dans le film.

RG. Pourquoi Franco est-il si intéressé par les homosexuels?

T.M. Le film répond à cette question. C’est précisément pourquoi il était si important d’intégrer le processus créatif au scénario. Il était important qu’il puisse répondre à cette question. Sans vouloir répondre pour lui, je pense qu’il est très intéressé par la notion de normalité. Il parle entre autres d’un livre intitulé The Trouble with Normal Il est fasciné par le côté radical de la communauté queer.

RG. Avez-vous des projets à venir dont vous pouvez nous parler?

T.M. Je travaille actuellement à l’écriture d’une série télé qui se déroule dans une petite ville. Je préfère ne rien dire d’autre à ce sujet (rires). Je serai aussi à Toronto en janvier pour faire la rencontre d’un jeune homme avec qui je corresponds depuis plusieurs mois. Il est atteint de paralysie cérébrale et crois qu’il serait fort intéressant, à l’instar de In Their Room qui visite la chambre et l’intimité de plusieurs sujets, d’explorer son intimité à lui.

I Want Your Love de Travis Mathews

Samedi 24 novembre à 19h au Cinéma du Parc

Festival Image + Nation XXV www.image-nation.org