Contre l’homophobie… et contre l’austérité!

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Les coupures annoncées par le gouvernement Couillard ou proposées par sa commission Robillard tour à tour dans le très maigre programme de lutte contre l’homophobie (amputé d’un million $ devant servir à une deuxième campagne grand public sur un budget quinquennal de 7 millions $), dans les programmes de soutien aux organismes communautaires, et jusque dans les budgets discrétionnaires de la députation, témoignent qu’au-delà des déclarations hypocrites et mensongères à l’effet que les ‘plus vulnérables ne seront pas affectés’ ce gouvernement n’a aucune préoccupation sérieuse pour la lutte contre l’homophobie et aucun respect pour ses propres promesses.
On est bien loin même de la promesse peu convaincante de Kathleen Weil, ancienne ministre responsable de la lutte contre l’homophobie que les budgets du programme seraient indexés. Car il faut savoir que c’est de ces trois sources que nos organismes LGBT, probablement les plus mal financés de tous les organismes communautaires existant depuis une quarantaine d’années, tirent depuis des décennies le peu de soutien financier de l’État qu’ils reçoivent.

Comme il ne faut pas trop compter sur l’aide du fédéral où les Conservateurs ont les organismes LGBT dans la mire, le soutien du gouvernement québécois demeure un des rares financements publics accessibles à nos organismes dont la grande majorité ne disposent même pas d’une permanence avec financement récurrent, local et employés salariés. Comme la charité privée, souvent d’origine religieuse, n’est pas non plus au rendez-vous, que la commandite du secteur privé demeure liée aux retombées commerciales plutôt absentes quand on parle d’une telle cause, nos organismes carburent depuis toujours principalement à l’autofinancement et au militantisme. Aussi, ces coupures comme celles que les Libéraux ont fait par le passé, attaquent l’existence même de nos organismes et témoignent du peu d’importance qu’ils accordent à la lutte contre l’homophobie et aux communautés LGBT en général. C’est tout un contraste avec ce Philippe Couillard qui se fait le héraut de défendre les minorités religieuses face à la ‘discrimination’ que représenterait la laïcité de l’État.
En 223 ans d’existence de la législature du Québec, c’était la première fois que le gouvernement québécois créait en 2011 un programme de lutte contre l’homophobie. Pendant plus de deux siècles, le Québec a plutôt financé la répression et la négation de nos droits notamment à travers ses tribunaux, sa police, ses lois. Il me semble que la décence la plus élémentaire aurait voulu que ce programme hautement symbolique par l’insignifiance de ses moyens, ne soit pas affecté. Ç’aurait été le plus insigne respect envers nos communautés qui subissent encore aujourd’hui les effets de la répression séculaire et de l’absence de toute reconnaissance jusqu’à récemment de mesures correctives. Mais c’est au contraire, semble-t-il, pour les Libéraux un endroit où on peut couper sans vergogne parce que cette minorité ne monte pas trop sur les tribunes.
Après s’être trainé les pieds pendant sept ans, le gouvernement libéral de Jean Charest avait finalement donné suite en 2011 à notre revendication communautaire depuis 2004 de mettre en place une politique de lutte contre l’homophobie. La politique qui n’avait été adoptée que suite à nos représentations communautaires incessantes et grâce à l’appui de tous les partis à l’Assemblée nationale, avait été saluée avec raison comme innovatrice et pouvait faire la fierté du Québec. En sabrant dans cette politique, les Libéraux témoignent encore une fois qu’au-delà de leurs discours creux, il n’y a aucune reconnaissance ni conviction de l’importance de mener la lutte contre l’homophobie qu’ils voient plutôt comme une dépense de ‘gras’. Que l’homophobie continue à faire souffrir des centaines de milliers de personnes, que l’intimidation continue, que le taux de suicide des jeunes LGBT continue d’être alarmant, le gouvernement libéral n’en a rien à cirer.
On a bien sûr eu droit au discours paternaliste du président du Conseil du Trésor Martin Coiteux qui appelle tous et toutes à faire leur part tout en nous promettant qu’il n’y aurait pas de vaches sacrées. Venant de la bouche d’un représentant d’un gouvernement dirigé par le parti le plus corrompu qu’ait connu le Québec dans les dernières décennies comme il a été démontré à la Commission Charbonneau, d’un parti où le copinage avec les milieux d’affaires, avec les patroneux quand ce n’est pas avec la mafia, est la règle depuis des décennies, ça ne peut qu’être un autre mensonge. Et le gouvernement n’aura pas pris de temps à le prouver. En pleine ‘austérité’, l’ineffable ministre Poëti pouvait trouver des dizaines de millions de $ pour repeinturer le pont de Québec… appartenant à une entreprise milliardaire, le CN, maintenant privatisée depuis presque vingt ans. On comprend donc que repeinturer le pont de Québec appartenant à une multinationale est au moins 25 fois plus important pour le gouvernement Couillard que la lutte contre l’homophobie.
Le gouvernement s’en défend car maintenant le néolibéralisme a plutôt mauvaise presse depuis la crise financière de 2008, mais son austérité appartient à ce créneau. Après s’être privé lui-même de multiples sources de revenus au fil des années en donnant des réductions d’impôt aux plus riches, aux banques, aux grandes entreprises, sans compter tous les cadeaux obtenus par ceux-ci par la corruption, ce gouvernement vient nous tenir le discours de l’austérité pour redresser les finances publiques.
Nous connaissons toutefois trop bien la chanson. Nous l’avons subi il y a à peine une dizaine d’années quand Jean Charest a accédé au pouvoir et qu’il a coupé les rares programmes permettant de soutenir nos organismes. J’étais alors président de Fierté Québec qui accueillait en 2004 les États généraux des communautés LGBT à Québec et d’où est sortie la revendication d’une politique de lutte contre l’homophobie. Notre maigre financement public de 30,000$ toutes sources confondues a fondu cette année-là à 7,500$ et ce problème ne fut jamais corrigé malgré les promesses du cabinet du ministre Hamad qui était venu se pavaner à nos États-généraux. Le gouvernement libéral a plutôt laissé crever de faim plusieurs organismes portés à bout de bras par des bénévoles comme Fierté Québec, le Regroupement des lesbiennes et gais de l’Est du Québec, l’Association des gais et lesbiennes du Centre du Québec, le GRIS Saguenay-Lac-Saint-Jean pendant que se tenaient les travaux du Groupe mixte de travail sur l’homophobie mis sur pied à notre demande.
Aussi, aujourd’hui je marcherai avec des dizaines de milliers d’autres Québécois et Québécoises contre l’austérité. Conscient que cette austérité est une menace à nos droits et à nos acquis les plus progressistes. Et je vous invite à emboiter le pas, à joindre vos voix et à dénoncer ces coupures qui attaquent nos droits les plus élémentaires.