Sanctionner les États homophobes serait-il contre-productif ?

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Une cinquantaine d’ONG et associations LGBT africaines ont rendu publique une déclaration dans laquelle ils expriment leur inquiétude : les nouvelles modalités annoncées par Londres concernant le versement des aides aux pays africains membres du Commonwealth ne les convainc pas, bien au contraire. Le gouvernement de David Cameron entend conditionner celui-ci au respect des droits humains, notamment pour ce qui est des populations LGBT.

Selon les organismes, la réponse doit être plus nuancée. « L’imposition de sanctions de la part des donateurs est, dans sa nature même, coercitive et elle renforce les dynamiques de déséquilibre des pouvoirs à l’œuvre entre pays donateurs et bénéficiaires », expliquent-ils.

Parmi les signataires, on retrouve l’association canadienne Arc-en-ciel d’Afrique, qui soutient la déclaration à travers la coalition AMSHeR (African Men for Sexual Health and Rights) dont elle fait partie. « Même si le geste peut paraître intéressant, jouer avec une corde si sensible n’est pas une façon appropriée d’agir », estime Alexis Musanganya, directeur général de l’association. « Cela ne va pas aider le travail sur place des associations en matière d’éducation, de santé et de développement et auquel ont accès les LGBT ».

Arc-en-Ciel d’Afrique craint par ailleurs qu’une telle initiative ne fasse que renforcer le préjugé qu’ils combattent, selon lequel l’homosexualité ne serait pas africaine mais imposée de l’extérieur et n’enferme encore plus les LGBT africains dans un rôle de bouc-émissaire.

Absence d’accord au Commonwealth

La réunion des chefs d’États du Commonwealth s’est achevée sur un bilan extrêmement maigre pour les droits LGBT. Si le principe de la rédaction d’une Charte du Commonwealth a été acté – elle pourrait être présentée en 2012 – celui de la création d’un poste de commissaire aux droits de l’Homme a été écarté en raison de l’absence de consensus sur son rôle. Enfin, la question de la décriminalisation de l’homosexualité n’a pas trouvé d’issue favorable.

Dans une entrevue accordée au Andrew Marr Show, le premier ministre britannique a réaffirmé qu’il voulait que les pays qui reçoivent l’aide de son pays « adhèrent aux droits humains de façon appropriée, et cela inclut la façon dont on traite les gais et lesbiennes ». De son côté, le secrétaire britannique au développement international, Andrew Mitchell, s’est voulu rassurant, précisant que le gouvernement trouverait d’autres mécanismes pour aider les plus pauvres.

Du côté canadien, John Baird a tiré la couverture vers lui en déclarant à la Chambre des Communes que le Canada avait été le pays qui s’est exprimé le plus fortement sur le sujet. Pour le ministre des Affaires étrangères, « il est très clair, malheureusement, que nous ne verrons pas de changements immédiats mais il sera important de continuer à appuyer les droits humains, qu’il s’agisse des gais et des lesbiennes, de la liberté de religion, des femmes, des autres minorités persécutées ». Le porte-parole de l’opposition pour les droits LGBTT, Randall Garrison, a rétorqué qu’il s’agit là d’un « immense échec » pour le gouvernement Harper… pour autant que le Canada ait vraiment eu l’attitude décrite par John Baird.

Crédits photo: Com Sec.