Coma : la violente douceur asiatique

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Le sourire franc et la voix laissant paraître un peu de timidité, François Gilbert se situe à l’opposé des personnages de son roman, à la fois effacés et prêts à la plus grande violence. À 31 ans, son premier ouvrage publié s’avère une incontestable réussite. Le moniteur de langues québécois avouait quelque peu craindre la sortie concomitante du dernier livre d’Aki Shimazaki (Tsukushi) ou du du pavé du grand Haruki Murakami (1Q84). Il peut être rassuré : Coma fait parler et avec raison.

Amoureux de l’Asie (objet de six voyages), François Gilbert raconte quelques mois dans la vie de Satö. Après avoir quitté son Japon natal et son histoire violente avec son ancienne petite amie Ayako, le jeune homme, à peine sorti de l’adolescence, tue le temps dans un petit hôtel de Shanghai, dont le rythme lénifiant représente l’arme parfaite pour fuir la vie et les questions sur son identité.

François Gilbert

Œil crevé et sang qui coule

L’arrivée impromptue de la mère de la jeune fille, plongée dans le coma depuis la rupture, oblige Satö à un retour en arrière. Tout sauf prophète en son pays, son séjour au Japon se transforme peu à peu en une mise au point aussi déchirante que subtile. Tout l’art de Coma réside dans sa faculté à faire émerger, à la manière d’un thriller, des thèmes existentialistes et lourds dans un récit court, servi par une écriture simple et directe.

L’envie de se faire passer pour quelqu’un d’autre, le désir de tout lâcher, la peur d’être soi-même, l’écrivain dit les avoir affrontés lui-même, à peu près au même âge, « mais de manière bien plus sereine », bref sans l’œil crevé et le sang qui coule de Coma. « Ce n’est pas seulement l’acceptation de soi qui est difficile, c’est aussi ce qui se passe après cette étape. Que fait-on de tout ça ? », précise encore François Gilbert. La même question se pose après l’épilogue, aussi tendu que poétique. À l’image du reste de ce joli roman.

Coma
François Gilbert
119 pages
Léméac 

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