Chronique diversité: rencontre avec un couple séropositif

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Ça arrive parfois lorsqu’on interroge des couples. À peine l’entrevue amorcée, Johanne et Michel ne cachent pas certaines mésententes vécues la veille. « Ça n’est pas toujours facile », avoue d’ailleurs d’emblée Johanne.

Cependant, de cette honnêteté transparait une sincérité touchante. Surtout, les difficultés à surmonter au quotidien étant immenses, l’entraide et l’empathie qui émanent des deux conjoints semblent agir comme un véritable baume. « Il y a du travail à faire, mais si je suis encore là aujourd’hui, c’est un peu à cause de lui », explique Johanne qui mène un combat constant contre les effets secondaires des antirétroviraux. « Si je suis encore là aujourd’hui, c’est aussi grâce à Johanne qui me soutient », répète Michel qui fait également face à des problèmes de toxicomanie.

Être là pour l’autre dans les épreuves

En remontant dans le temps, jusqu’à cette première soirée passée ensemble, on peut mieux comprendre à quel point Michel et Johanne, tous deux sans travail aujourd’hui, ont connu des parcours différents avant de finalement se rencontrer. « En septembre 2010, alors qu’on s’ennuyait chacun de notre côté, des intervenants du Centre Sida Secours nous ont suggéré d’aller jouer au billard ensemble. J’ai accepté, mais ce que je ne savais pas, c’est que Michel venait tout juste de se faire une injection de cocaïne », se rappelle Johanne.

Consommateur de drogue depuis l’âge de 17 ans, Michel dit avoir connu des périodes plus turbulentes que d’autres. «Le lendemain de cette soirée, les intervenants de Sida Secours m’ont donné un 24 heures de réflexion pour que je puisse décider si je voulais enfin remonter la pente. J’étais arrivé au centre en pleine pneumonie, précise-t-il. Pendant ce 24 heures, j’ai beaucoup pensé à Johanne, elle m’avait suivi dans mon périple la veille, ce que peu de femmes auraient fait ».

Un an plus tard, Michel avoue sans hésitation que lui et Johanne sont « deux caractères diamétralement opposés ». Malgré la différence, ils ont appris à se connaitre, à s’aimer et, surtout, à se supporter dans les épreuves qu’entraîne le VIH, en plus de celle inhérente à la condition de Michel qui aura longtemps repoussé Johanne par peur d’être aimé.

« Pourquoi s’empêcher de vivre ? »

De son côté, au moment de leur rencontre, Johanne venait tout juste d’apprendre qu’elle n’était plus séropositive, mais bien atteinte du Sida, la phase ultime de la maladie. Contaminée en 2004, elle était au fait de sa condition depuis 2006. « Je suis plutôt conservatrice en matière de sexualité, mais il a suffi que je joue avec une seule allumette pour me brûler. Pourtant, des gens jouent avec des milliers d’allumettes et ne se brûlent jamais », raconte Johanne. Quelques années auront ensuite suffi pour que la maladie se développe pleinement.

Devant les effets ressentis, Johanne peine à suivre son traitement. Elle est par ailleurs persuadée avoir été infectée par une souche très maligne. « J’ai l’impression d’être atteinte d’une souche du VIH beaucoup plus puissante que celle dont Michel est atteint. Je ne veux surtout pas prendre de risque », confie Johanne.

Ainsi, au chapitre sexuel, les amoureux ne cachent pas là encore la discordance de leurs points de vue. Michel, séropositif depuis plus de 20 ans sans avoir développé la maladie, ne semble pas inquiet de la situation. « On se caresse, on se touche, mais on n’a pas vraiment de relations sexuelles qui vont plus loin que ça. Pourtant, je suis atteint. Alors pourquoi s’empêcher de vivre ? », lance-t-il énergiquement.

Au jour le jour

Mais Johanne demeure catégorique. « Je suis toxique. Je ne pourrai jamais avoir de relation avec une personne en santé, tout comme je ne veux pas non plus faire empirer la condition de Michel. J’ai un énorme respect pour la vie. Je veux pouvoir partir en paix. »

Et face à l’évolution rapide de la maladie de Johanne, le couple ne peut s’empêcher de songer à la mort. « On a une épée de Damoclès au dessus de la tête. On peut la sentir », explique Johanne. « Si un de nous tombe malade, c’est très difficile, raconte Michel. Ce qu’elle vit, je le vis à travers elle… Dans ces situations-là, mon secours, c’est la consommation. Mais j’ai aussi une très bonne équipe qui me soutient ».

Visiblement émus, mais certes pas crédules, ils confient leur secret pour arriver à supporter ce quotidien en dents de scie où les épreuves et les moments heureux se succèdent à un rythme effréné. « On ne se projette pas dans le futur, on vit au jour le jour ».

Crédits photo: César Ochoa.