Bruce LaBruce et Vice s’affrontent sur l’homosexualité

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Bruce LaBruce contre Vice sur l'homosexualité

Bruce LaBruce s’en prend principalement à quatre arguments de The VICE Guide to Being Gay. Dans un premier temps, il déplore que l’on ait socialement accepté l’idée que l’homosexualité soit une chose innée. Selon le réalisateur, cette théorie, jamais confirmée à 100 % par les scientifiques, rassure certainement les hétérosexuels, mais s’avère fort réductrice quant au champ des possibilités du développement de l’orientation sexuelle. Il s’agit d’un cliché qui équivaudrait à dire aussi que « les Noirs ont le rythme dans la peau ».

Le réalisateur d’Hustler White accuse aussi l’article de véhiculer une fausse idée de la relation entre les gais et les lesbiennes qui n’auraient « rien en commun ». Bruce LaBruce rappelle qu’à l’époque de l’épidémie du sida, les lesbiennes de San Francisco ont été largement impliquées dans la prise en charge des malades.

« Les trans vont te botter le cul »

Autre problème pointé du doigt : le lexique homosexuel affirme que les gais devraient faire preuve de gentillesse envers les trans, pour qui la vie est souvent très dure. « Les transsexuels vont te botter le cul si tu les traites ainsi », rétorque l’artiste. Par ailleurs, celui-ci se permet de dénoncer le commentaire de Vice au sujet des hommes plus âgés qui séduisent les jeunes avec insistance… en faisant la promotion de son prochain film Gerontophilia qui abordera ce thème.

Divisé en paragraphes associés à chaque lettre de l’alphabet, le guide passe en revue toutes les images traditionnelles de la « tapette de service », de l’amour de la culture populaire au sexe exacerbé, en passant par les drogues ou le suicide. Certaines affirmations font sourire. D’autres, comme le paragraphe sur l’égalité, sont d’une justesse lucide. Ces moments ne sont cependant pas assez nombreux.

Mode de vie commercialisé

Entre le point de vue de Bruce LaBruce et celui de The VICE Guide to Being Gay, il semble pourtant y avoir une réalité qu’on ne dénonce pas suffisamment. Celle de la commercialisation croissante de notre mode de vie. Ce qui exaspère le plus dans cet article humoristique, c’est son insistance pour faire de l’homosexualité un mode de vie commun, avec des règles immuables, dont la légitimité ne passe que par sa participation active au système économique. En ce sens, la nostalgie de Bruce LaBruce n’est pas inintéressante.

L’artiste souligne qu’il fut un temps où la culture GLBT était en marge et amorçait des tendances. Cette sous-culture existe toujours. Or, la banalisation de l’homosexualité auprès des hétérosexuels désireux de se faire dire que « nous sommes exactement comme eux » amenuise l’attention portée à une minorité qui ne cherche pas le consensus et qui réclame sa différence. Une communauté pourtant présente dans toutes les grandes métropoles de la planète, qui refuse de vivre selon les dictats mercantiles et les images commerciales de l’homo dit normal. C’est sans doute le dynamisme de cette tranche de la communauté gaie qui manque cruellement à ce guide.

Crédit photo : Arno roca’ s eyes.