Bruce Horlin: une autre idée du nightlife

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RG. On raconte que vous êtes le premier à avoir donné au Village gai de Montréal son nom original…

Bruce Horlin. J’ai vécu à New York en 1978-1979, et c’était absolument phénoménal d’être dans Greenwich Village ! J’ai été très impressionné par l’existence d’une zone pour les queers et la contreculture. À Montréal, le quartier n’avait pas de nom original : nous l’appelions le nouveau Village de l’est, d’après l’East Village de New York. Certaines personnes ont objecté que l’on créait un ghetto, mais j’y étais favorable. Ça a renforcé la communauté gaie, ça avait son but.

RG. Qu’est-ce qui vous avait incité à ouvrir un bar comme le K.O.X. à Montréal ?

B.H. Les New-Yorkais avaient des bars tendances, mais quand j’ai emménagé à Montréal, tout ce qu’il y avait, c’était le Limelight et le Bud. Montréal avait besoin d’autre chose. J’ai mis du temps avant de trouver l’emplacement, à l’origine sur la rue Montcalm. J’avais une vision de ce que devait être un bar tendance : underground, pas de néon flashy à l’extérieur, avec une équipe chaleureuse et des bons prix, un bar qui puisse contribuer à la communauté.

Bruce Horlin

RG. Vous et le K.O.X. avez symbolis. ce basculement de la communauté gaie vers l’est après les Jeux Olympiques de 1976 ?

B.H. Le bar MAX était déjà là, au coin de Sainte-Catherine et de Montcalm. Il y avait aussi le Cinéma du Village, aujourd’hui le Théâtre National, qui diffusait de la porno. Le quartier était situé sur une ligne de métro, pleurant pour qu’il s’y passe quelque chose. Les loyers étaient bon marché, ce qui signifiait que les gais pouvaient également se permettre d’y vivre.

RG. Le K.O.X. est parvenu à survoler les pires années de la pandémie du Sida. Quels ont été vos meilleurs moments ?

B.H. Même avec le Sida, nous étions toujours dans un âge d’or. Les gens continuaient de sortir. Nous avons fait un spectacle avec l’équipe, une des nuits les plus mémorables. Pour cette poignée de cuirs qui passaient pour des durs, vous pouviez entendre une mouche voler quand ils ont entamé That’s What Friends are for [de Deanne Warwick et Stevie Wonder]. Nous avions engagé un orchestre complet de jazz, pour un coût de 14.000$, juste pour une nuit. Les gens étaient fous !

RG. Le K.O.X. est aussi célèbre pour la descente de la SPVM en 1994, quand vous n’en étiez plus le copropriétaire. Y avait-il beaucoup de sexe en public ?

B.H. Probablement. Nous nous assurions toujours de garder l’endroit propre et je ne pense pas que le portier était très actif dans les salles de bains, mais ce n’était pas une nuit particulière. Si j’avais été là, j’aurais été emmené également.

RG. De quelle manière a changé le monde des clubs depuis les années 80 ?

B.H. Durant cet âge d’or, nous n’avions pas toutes ces lotos machines pour payer le loyer ! Vous deviez vous amuser et si vous aviez cette énergie, les gens allaient dépenser leur argent. Aujourd’hui, beaucoup de propriétaires prennent le problème à l’envers, en pensant à l’argent avant la fête. Néanmoins, les mémoires sont plus enthousiastes que ce qui s’est réellement passé. Si j’ouvrais le K.O.X. aujourd’hui, les gens s’ennuieraient. On avait de la musique classique les dimanches après-midis !

RG. Que pensez-vous du Village tel qu’il est actuellement ?

B.H. La Ville de Montréal doit décider si elle veut que ce quartier soit commercial ou qu’il ait des condominiums. Les bars devraient être autorisés à rester ouverts plus tard. Quand vous installez un condominium et que vous ne pouvez pas dormir la nuit à cause de la musique, à qui la faute ? Qui accorde les permis ? Quel est leur plan de développement urbain ? Le lieu devrait été modelé pour la vie nocturne.

RG. Qu’est-ce que les propriétaires de bars pourraient apprendre de votre expérience ?

B.H. Le K.O.X a décliné quand il n’était plus question que de l’argent roi, quand la bonne énergie s’était échappée. Les propriétaires de bars ne font plus de grandes fêtes parce qu’ils n’y croient plus. J’ai dépensé mon argent et fait de la publicité dans de nombreuses publications gaies (y compris RG), jusqu’aux États-Unis. Pour investir ainsi, vous devez y croire.

Crédits photos : documents remis.

Traduction: T.T.