Bicycle Film Festival de Montréal-Silence : on roule !

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Bicycle Film Festival de Montréal-Silence

« C’est un événement cycliste uniquement axé sur le plaisir, on n’y lutte pas pour les droits. Ce n’est pas revendicateur, c’est un mélange de choses que j’adore : la photographie, le cinéma, la mode et tout ça passe par un regard cycliste », dit Marissa, qui se consacre à ce projet en dehors de ses heures de travail.

Étalé sur deux jours, le festival projette tant des films d’animation et artisanaux que des productions à gros budget (le réalisateur Spike Jonze y a présenté deux films). Ce ne sont pas non plus des films de sport, mais plutôt des courts métrages artistiques où le vélo est présent. « Il y a autant de styles de films qu’il y a de sortes de bicyclettes, précise Marissa. C’est vraiment une représentation de la diversité du monde du vélo et la qualité des productions est excellente ».

Pour la jeune entrepreneure, le vélo est une « merveille de la mécanique », mais il est beaucoup plus que ça. Elle accorde à l’engin à deux roues une valeur poétique très puissante, reliée au sentiment d’autonomie et de liberté que l’on éprouve en montant en selle. « C’est pour moi l’essence du cyclisme et la raison pour laquelle je crois que tant de personnes aiment le vélo. On peut se dire “je fais ça toute seule et je n’ai besoin de personne”. Alors que dans la vie, on n’a pas toujours l’occasion de s’affirmer autant », explique celle qui est véritablement tombée amoureuse du vélo il y a cinq ans.

Le BFF, qui célèbre toutes ces facettes du cyclisme, est aussi une occasion de découvrir les liens forts qui unissent une communauté passionnée et rassembleuse, dont les membres se rejoignent autour de leur intérêt commun et pour le plaisir qu’ils retirent à avancer, un coup de pédale à la fois.

Infiltrer un monde masculin

Cette communauté dont parle Marissa avec tant d’affection a également la particularité d’être très queer, contrairement au milieu commercial du cyclisme, plutôt masculin. « Il y a dans le monde environ onze boutiques de vélo qui sont tenues exclusivement par des femmes, explique-t-elle. À Montréal, je crois que nous sommes la seule ».

Malgré tout, et sans vouloir féminiser le festival, l’organisatrice porte une attention particulière aux films faits par des femmes, parce qu’elle y voit un intérêt grandissant. « L’an dernier, 30% des films étaient produits ou réalisés par des femmes ». Il n’y en aura pas autant cette année (puisque cela dépend aussi des soumissions), mais les spectatrices pourront entre autres découvrir un film sur des femmes en BMX, de même qu’un film sur Georgena Terry, cette ingénieure qui a créé le premier modèle de cadres de vélos spécifiquement conçus pour des femmes.

« Selon la bande-annonce, la première fois qu’elle a proposé son idée, les gens lui ont dit qu’une femme ne dépenserait jamais 500 $ pour un vélo… et c’est un préjugé qui persiste », explique Marissa. La propriétaire de Bikurious dit recevoir parfois des clients qui veulent acheter un vélo à cadre bas pour leur copine. « Si les femmes ne portent pas de robe, c’est inutile. Et puis, les filles aussi veulent être performantes sur deux roues », dit-elle avant d’ajouter qu’elle aimerait faire un film sur les femmes mécaniciennes ou propriétaires de boutiques.

Le fait que Marissa soit à la tête du festival est un avantage pour Montréal, où la foule est inévitablement plus féminine qu’ailleurs. « J’invite mes amies, qui invitent les leurs, donc il y a beaucoup de filles, mais ça reste un monde assez masculin. Il faut faire avec. Pourtant, il y a manifestement un intérêt grandissant pour le vélo chez les femmes ».

Pour Marissa, au-delà de la division des sexes, c’est le caractère universel du vélo dans son rapport à l’être humain que l’on découvre à travers ces films. « Les gens racontent leur histoire en parlant de leur vélo et de la connexion qu’ils ont avec cet appareil. Même si on n’est pas cycliste, on peut tous être touchés par l’histoire de quelqu’un qui a un lien très fort avec quelque chose », conclut-elle en souriant.

Bicycle Film Festival de Montréal
31 août et 1er septembre
Cinéma du Parc
Page Facebook de l’événement

Article paru sur le site du magazine Entre Elles, le 27 août 2012.