Bernard Gadoua (1959-2013)

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J’ai été très attristé par le décès prématuré le 7 janvier dernier de mon ancien collègue dans la presse GLBT Bernard Gadoua des suites d’un cancer fulgurant. J’ai fait la connaissance de Bernard dès les premiers mois de la grande aventure du journal gai et lesbien de l’UQÀM Homo Sapiens que j’avais lancé en 1993, journal dans lequel il s’était impliqué en le faisant bénéficier de son esprit militant et critique et qui est à l’origine de mon implication dans les médias GLBT. J’ai aussi travaillé à ses côtés à la Table de concertation des gais et lesbiennes du grand Montréal (maintenant le CQGL) et lors de la mise sur pieds du Groupe interdisciplinaire de recherches et d’études Homosexualité et société (GIREHS), deux organismes à l’origine de changements importants pour nos communautés.

Bernard et moi tout en partageant largement des vues communes sur le militantisme GLBT et l’engagement social, divergions souvent de vues sur l’action concrète à engager ou la façon de le faire. Mais j’ai toujours apprécié son esprit libre et critique qui est absolument nécessaire dans la presse et dans une société démocratique. Je garde de beaux souvenirs de nos débats animés et de son humour mordant qui terminaient bien, autour d’un verre, nos longues sessions de travail militant.

Nos chemins se sont séparés lors du débat sur l’avenir du journal en 1995 quand, après mon départ de l’université, il l’avait transformé pour donner naissance au magazine Orientations aujourd’hui disparu. Non pas que nous ne partagions pas la nécessité d’une presse GLBT engagée et laissant une large place aux débats d’idées et aux revendications, mais. souvent plus terre à terre que Bernard, je doutais de la viabilité de la formule retenue.

Après la fermeture du magazine Orientations, Bernard est demeuré engagé dans la communauté à travers diverses implications qui l’ont amené notamment à intervenir en commission parlementaire en 2002 sur le projet de loi instituant l’union civile et de nouvelles règles de filiation. Il est demeuré engagé dans diverses causes sociales où il intervenait publiquement régulièrement avec la verve qu’on lui connaissait.

Je suis très heureux que nos chemins se soient de nouveau croisés à la faveur du printemps érable où il n’hésitait pas à dénoncer le silence et la complaisance à l’égard du gouvernement Charest d’une large partie de l’establishment de notre communauté dans cette lutte sociale où il s’était investi. Ensemble nous avions organisé le contingent des magazines Être, RG, Entre Elles et 2B consacré à la dénonciation de la hausse des frais de scolarité et de la loi 78 sous la bannière GLBT contre la hausse qui connut un réel succès, à contre-pied de tous ceux et celles qui prétendent transformer nos marches des fiertés en kermesses apolitiques.

Je suis heureux que cette dernière action commune nous ait réunis. Bernard faisait partie de cette courte liste d’esprits critiques et libres dans notre communauté qui n’hésitait pas à secouer les idées reçues. Son esprit vif me manque déjà.

André Gagnon