Arrestation de « travestis » à Dékouané : le chef de la municipalité se défend d’être homophobe

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Rania Massoud | Orient Le Jour

L’ONG Helem dénonce « l’agression policière contre les clients de la boîte de nuit ‘Ghost’, connue pour sa tolérance envers la communauté gaie.

Dans la nuit du 20 au 21 avril, la police municipale de Dékouané a effectué une descente dans une boîte de nuit de cette localité de la banlieue nord de Beyrouth, arrêtant quatre travestis pour « atteinte aux bonnes mœurs ».
L’information, rapportée mardi soir par la chaîne de télévision libanaise LBC, a suscité la colère des défenseurs des droits humains, qui ont accusé Antoine Chakhtoura, le chef de la municipalité de Dékouané, d’homophobie en raison des conditions dans lesquelles il a ordonné la fermeture de la boîte de nuit Ghost.

Dans un communiqué, Helem, ONG libanaise de défense des droits GLBT, dénonce « l’agression policière contre les clients de la boîte de nuit Ghost, connue pour sa tolérance envers la communauté gaie ». Citant le propriétaire de la boîte de nuit, dont le nom n’est pas révélé, Helem affirme que des membres de la police municipale de Dékouané ont effectué une descente à l’aube, arrêtant plusieurs ressortissants syriens, ainsi qu’une transsexuelle libanaise. L’ONG précise que la travestie a été « humiliée et forcée à se déshabiller à l’intérieur des locaux de la municipalité ». Helem affirme par ailleurs que la boîte de nuit en question était sous surveillance policière depuis plusieurs mois « Quatre mois durant, la police de la municipalité a harcelé les clients de Ghost tous les samedis », indique l’ONG dans son communiqué. Citant des témoins sous couvert d’anonymat, Helem affirme que plusieurs personnes ont été arrêtées au cours de ces dernières semaines.

« Des clients ont été emmenés de force dans des coffres de voiture de police, vers les locaux de la municipalité où ils ont été agressés sexuellement et verbalement », peut-on encore lire dans le communiqué.

Dans le reportage de la LBC, M. Chakhtoura utilise en outre des termes tels que “noss rejjel” (demi-homme) et “liwat”, l’équivalent de pédé.

Interrogé par Lorientlejour.com, le chef de la municipalité de Dékouané dément toute agression contre les clients de Ghost. « Je ne suis pas homophobe, martèle-t-il. Je tiens uniquement à protéger les enfants de ma collectivité de tout comportement portant atteinte aux bonnes mœurs ».

Affirmant s’être rendu sur les lieux, M. Chakhtoura assure avoir été témoin « d’actes répréhensibles à l’intérieur et à l’extérieur » de la discothèque, désormais placée sous scellés. « J’ai vu des hommes se toucher et s’embrasser, certains étaient habillés en femme », dit-il dans un entretien téléphonique avec Lorientlejour.com. Selon lui, il y avait près de 600 personnes à l’intérieur de la boîte de nuit ce jour-là, « dont plus de 250 travestis ». « La police de la municipalité a arrêté quatre travestis, tous de nationalité syrienne, ajoute-t-il. Ils étaient en train de s’embrasser à l’extérieur du club ». « En tant qu’avocat et chef de municipalité, j’ai ordonné ces arrestations en vertu de l’article 74 de la loi des municipalités qui me donne les prérogatives de fermer tout établissement tolérant des actes portant atteinte aux bonnes mœurs », poursuit M. Chakhtoura. « Le fait qu’ils soient homosexuels n’est pas la raison qui a motivé ma décision, ajoute-t-il encore. Ils auraient pu être hétérosexuels, j’aurais agi de la même manière ».

M. Chakhtoura confirme en revanche avoir ordonné que des personnes arrêtées se déshabillent. « Notre intention n’était pas d’humilier ces personnes, mais il fallait que nous déterminions leur sexe, se justifie-t-il. Il fallait le faire pour savoir dans quelle prison les mettre. Et il s’est avéré que ces personnes étaient en fait des hommes travestis en femmes ».

Cette détention aura finalement été brève, la municipalité ayant dû relâcher les travestis quelques heures après leur arrestation. « Les forces de l’ordre ont refusé de les emprisonner », explique M. Chakhtoura, tout en affirmant ne pas connaître les raisons de ce refus.

« Je respecte les droits de l’homme et je répète que je n’ai aucun problème avec les homosexuels, assure-t-il encore. Je combats les délits qui sont condamnables par la loi, ni plus ni moins ».

Au printemps 2012, Antoine Chakhtoura avait mené une campagne musclée contre les trafiquants de drogue, les tenanciers de tripots clandestins et les propriétaires de générateurs d’électricité illégaux à Dékouané. Dans le cadre de ce bras de fer, il avait été la cible d’actes d’intimidation. En mai, son bureau avait notamment été mitraillé à l’arme automatique. Quelques semaines plus tard, des inconnus mettaient le feu à sa voiture.

Ce n’est pas la première fois que des établissements tolérants envers les homosexuels sont le théâtre d’arrestations. En août 2012, trente-six jeunes homosexuels arrêtés dans une salle de cinéma à Bourj Hammoud avaient subi chacun un test anal, imposé par les forces de l’ordre. L’affaire avait suscité une vaste polémique et été largement dénoncée.