Apparences : entrevue avec Serge Boucher

Par  |  Aucun commentaire

Apparences Serge Boucher Radio-Canada

Être. Est-ce parce que vous estimez avoir fait le tour du sujet dans Aveux que les thématiques GLBT sont absentes d’Apparences ?

S.B. En fait, c’est simplement dû au fait que l’histoire est complètement différente. Néanmoins, j’avouerais aussi que ce n’est pas un sujet qui me semblait essentiel d’aborder. Bien sûr, une crise identitaire est au centre des deux histoires, mais le sujet est traité de façon très différente dans Apparences.

Être. Vous avez inséré un personnage homosexuel dans certaines de vos oeuvres, entre autres dans la pièce Motel Hélène. Voyez-vous ça comme un geste important qu’il est nécessaire de faire ?

S.B. Non, je ne tiens pas absolument à inclure un personnage homosexuel dans mes histoires. S’il y en a un, ce n’est pas par volonté de discours, c’est parce qu’il se doit d’être là pour faire avancer l’histoire. Évidemment, les personnages d’Olivier et de Sandrine étaient essentiels dans le cas d’Aveux. Cela dit, je trouve ça effrayant qu’on ait encore quelque chose à dire à ce sujet encore en 2012. Je dis ça dans la mesure où il n’y a personne dans la vie qui se présente en disant : « Bonjour, je suis hétéro ! ». Quand on va arrêter d’en parler et d’en faire une problématique, on aura fait un pas énorme.

Être. Vous avez abordé dans Aveux le sujet de la transsexualité, un sujet plutôt délicat. La série a tout de même connu un immense succès (826.000 spectateurs en moyenne par semaine). Pensez-vous que c’est le signe d’une avancée pour la cause GLBT au Québec ?

S.B. Pour moi, le pas en avant c’est qu’avant vous, on ne m’en avait jamais parlé ! C’est un pas immense. Dans tous les commentaires et les entrevues que j’ai effectuées pour Aveux, ce n’est pas quelque chose qui a été relevé. C’est d’abord et avant tout le drame familial qui touchait. Si je poussais ma pensée encore plus loin, je dirais que j’ai été davantage étonné de constater que la problématique de la pédophilie évoquée dans Aveux n’a pas, elle non plus, été abordée. L’angle était différent de tout ce qu’on avait vu avant et les gens l’ont simplement pris comme tel. Cette série a été appréciée parce que ça traitait avant tout de la chose la plus importante : l’amour.

Être. Que pensez-vous de la représentation de la communauté LGBT dans la télévision québécoise. Sommes-nous sous-représentés ?

S.B. Non, je ne le crois pas. Un auteur génère ce qu’il doit générer en créant son univers. Si on a besoin d’un personnage particulier pour faire avancer l’histoire, on le crée et c’est tout. L’erreur serait de mettre un personnage pour en mettre un, sans aucune raison valable. Dans Apparences, ça n’avait pas lieu d’être, puisque la crise identitaire est directement reliée à la relation entre deux jumelles.

Ce que je vais dire est énorme, mais à titre de comparaison, on ne met pas un arabe dans une série ou un film parce que c’est dans l’air du temps. Si le personnage n’a rien à voir avec l’histoire, c’est complètement inutile. Un personnage doit être là pour une raison plus essentielle. Évidemment, je n’enlève rien aux valeurs défendues par la communauté LGBT. Si Aveux a pu aider la cause, j’en suis bien heureux.

Crédits photo: Bertrand Calmeau.

Pour plus d’informations sur la série : http://apparences.radio-canada.ca