Andrzej Stec, la passion lyrique

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« Sang cosaque, goût français, rêve américain, cœur latin et âme polonaise » : voilà comment Andrzej Stec se présente sur son site Internet. Un « statut » que celui qui a été nommé ambassadeur de sa ville natale de Stalowa Wola (sud-est de la Pologne) emmène avec lui au cours de ses voyages et de ses représentations en Amérique du Nord, en Asie ou en Europe.

Andrzej Stec est à l’image du berger de Król Roger, composé par Karol Szymanowski, un des rôles qui l’ont fait connaître. D’abord pour le côté mystique du personnage. Le jeune homme reconnaît que la spiritualité – qu’il préfère au mot religion, trop connoté « conservatisme »  – tient une part importante dans sa vie, pour son équilibre et le respect d’autrui.

Mais il y a aussi et surtout, dans cet opéra du début du XXe siècle, l’histoire d’un roi austère, subjugué par sa rencontre avec un jeune pâtre hédoniste et charismatique, qui devient, lui aussi, un être passionné et amoureux de la nature humaine.

Pour exprimer sa propre « empathie », dans son cas survenue très tôt, plusieurs portes artistiques s’ouvraient à l’amoureux de poésie, en particulier de la dumka (chant mélancolique slave). Aimant la vie même dans ses côtés tragiques, le ténor confie qu’enfant, il pouvait s’émouvoir d’une simple fleur fanée. « Je chantais déjà tout petit, j’avais la voix la plus aiguë de mon école », se souvient-il encore.

Entre Montréal et la Pologne

Arrivé aux États-Unis avec ses parents durant son adolescence, il a voulu très vite retourner en Pologne. Sa mère l’a convaincu en lui expliquant qu’il pourrait faire « tout ce qu’il veut » en restant en Amérique. Tout, demandez-vous ? Oui, mais entendez par là vivre de sa passion, elle qui le voyait plutôt avocat ou médecin. Il est d’abord devenu… coiffeur pour payer ses études de théâtre et de danse, à la Northern Illinois University.

Andrzej Stec, ténor pas comme les autres

Le ténor, aujourd’hui âgé de 33 ans, a ensuite suivi un doctorat à la Faculté de musique de l’université de Montréal. Il vit toujours dans cette ville qui lui permet de découvrir de nombreuses cuisines et de laisser promener ses pensées dans les parcs. Ce qui ne l’empêche pas de revenir régulièrement dans son pays, qu’il voit évoluer lentement en matière de droits LGBT. « Là-bas, on reste libre de faire ce que l’on veut, même si ceux autour de soi ne vous acceptent pas. Mais à quoi bon avoir des politiques progressistes si les mentalités des gens qui t’entourent ne changent pas ? » regrette-t-il.

En tandem avec Jean-Eudes Vaillancourt

Celui qui parle le mieux de son talent est sans doute son ancien professeur devenu son ami, le pianiste Jean-Eudes Vaillancourt. « Sa voix est rare, elle a une couleur spéciale, reconnaissable entre mille autres ténors, indique-t-il. Il a l’avantage de connaître les langues dans lesquelles il chante [il en parle six, ndlr.]. C’est essentiel pour comprendre la poésie d’un texte ».

« C’est rare pour un artiste en début de carrière, d’avoir son pianiste précise, de son côté, le ténor. D’autres préfèrent multiplier les collaborations. Moi, j’ai besoin de cette intimité, de ce rapport personnel, afin de se comprendre quand on parle de poésie et de musique ». Le pianiste et accompagnateur Dalton Baldwin a également pesé dans la carrière de celui qui admire par ailleurs son compatriote Jan Kiepura ou le ténor suédois Jussi Björling.

Intimité, spiritualité et mystère

« L’opéra est un art complet, résume le jeune homme. J’aborde chaque rôle comme une nouvelle rencontre avec les autres personnages et le public. Mais j’ai parfois aussi besoin de chanter seul, avec Jean-Eudes au piano, et de ressentir cette intimité avec le public ».

Une envie d’intimité qui se double d’une volonté de garder un certain mystère autour de sa personne. Andrzej Stec, intarissable sur la passion qui l’anime, devient ainsi beaucoup plus discret quand il s’agit d’aborder sa vie privée. Tout juste confiera-t-il qu’il est célibataire, situation parfait pour faire « le point sur [soi]-même quand on a un agenda si chargé ». On n’en saura pas davantage. Le ténor veut d’abord  être reconnu pour son travail et « continuer de susciter de la curiosité », confie-t-il dans un nouvel éclat de rire qui émaille ses conversations.

Andrzej Stec interprètera prochainement Roméo avec enthousiasme, sensible à la dimension tragique de cette figure amoureuse : « J’espère être suffisamment jeune pour jouer Roméo encore plusieurs fois ! », plaisante-t-il. Il prépare en outre l’année 2012, consacrée aux compositeurs polonais Karol Szymanowski et français Claude Debussy et jouera en mars, Pelléas dans l’opéra Pelléas et Mélisandre.

 

Roméo et Juliette, de Gounod
Le 18 novembre à 20h, le 20 novembre à 14h
Théâtre d’art lyrique de Laval – Théâtre Marcellin-Champagnat
275, rue Laval, St-Vincent-de-Paul, Laval
450-687-2230
tall@aei.ca
www.aei.c/tall

Crédits photos : Damian Siqueiros.