André Boulerice répond à ‘l’Association LGBT pour un Québec inclusif’

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Andre-BoulericeJ’ai été profondément étonné de lire dans les pages de l’édition du samedi 11 janvier du Devoir cette déclaration d’une soi-disant Association LGBT pour un Québec inclusif à l’effet que la Charte de la laïcité pourrait entraîner une remise en question des droits reconnus aux hommes et aux femmes pour ce qu’ils sont dans leur être. L’article mentionne aussi une crainte de s’attaquer à la liberté religieuse. On verra bien du mémoire et de son contenu intégral mais ce que rapporte l’article me semble une position, par ses signataires – du moins deux des trois mentionnés, copiée-collée de Québec solidaire…


Mais allons au fond.

Le Québec est dans le peloton de tête pour la reconnaissance et la protection de la personne humaine quelle qu’elle soit : homme, femme, l’orientation sexuelle, la couleur de peau, etc., et la liberté de pensée y compris la liberté religieuse. Ces deux protections ne sont en rien attaquées par le projet de Charte de la laïcité. Contrairement à ce que l’on peut croire, même enchâssés dans une constitution, les droits sont toujours fragiles. Et je conviendrai que la vigilance est toujours de mise.
Toutefois, la manifestation des droits est tributaire des droits de chacun et des autres et des devoirs de tous.
Je fais partie de cette communauté LGBT et ne me sens en rien menacé. Au contraire, je vois un projet qui renforcera la garantie des droits et de la non-ingérence de l’État dans nos vies par l’étalage des croyances religieuses de ses employés.
J’aimerais souligner à madame Massé et monsieur Dolan que c’est la religion qui les a discriminés dans leur orientation sexuelle. La Charte garantira encore mieux leurs droits, notamment en posant le principe d’égalité homme-femme. Je vous rappellerai qu’avant la reconnaissance du mariage entre personnes de même sexe au Canada, un gouvernement du Parti québécois a fait adopter l’union civile et modifié le Code civil pour permettre l’union des hommes et des femmes qu’elle que soit leur orientation sexuelle – incidemment, j’en étais l’un des instigateur et j’en suis très fier. Cette union permettait notamment de sortir des dogmes religieux pour régir leur univers personnel. A chacun ses choix et les différentes religions n’ont en rien perdu de leur droit (eh! oui) à discriminer – A l’exception de l’Église anglicane, je serais curieux de savoir combien de prêtres catholiques, de rabbins ou d’iman sont prêts à célébrer un mariage entre deux hommes ou deux femmes?
Discrimination il y a, mais du fait religieux. Que l’on n’inverse pas les rôles! Quant à l’expression d’une croyance par des signes ou un vêtement distinctif, elle n’est en rien attaquée par le projet de loi, sinon, pour garantir que l’État est neutre et que les employés qui le représentent ont un devoir de discrétion comme ils y sont tenus quant à leur opinion politique. Le débat actuel vise justement à définir l’équilibre à atteindre pour garantir à tous une aire commune de vivre ensemble, chacun et chacune dans sa différence.

André Boulerice
Ancien député-ministre
11 janvier 2014