Alys Robi, icône gaie au destin unique

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alys robi communauté gay Montréal

Toute la presse salue ces dernières heures le destin incroyable de « La Céline Dion des années 40 ». La première grande star québécoise et canadienne est décédée, le 28 mai, des suites de complications liées à la bactérie C. difficile.

Née en 1923 à Québec, Alys Robi commence très jeune sa carrière. « Elle n’[a] que quatre ans lorsqu’elle [monte] sur les planches la première fois lors des galas de lutte auxquels particip[e] son père », rappelle ainsi Le Devoir, dans son édition dotée du 30 mai. En 1934, à l’aube de son adolescence, elle amorce ses premiers contacts avec la communauté gaie et lesbienne en jouant au Théâtre National avec la troupe de Rose Ouellette, connue notamment pour être l’un des premiers drag king de l’histoire québécoise.

Internée et lobotimisée

Enchaînant les spectacles dans les cabarets, son succès s’étend et au fil des années et son nom devient connu sur d’autres continents avec des chansons comme Tico, Tico, chanson reprise plus tard par une autre icône gaie, Dalida. Alors que rien ne semble pouvoir arrêter son ascension fulgurante, un accident de voiture à Las Vegas, en 1948, change tout.

Ce drame (fracture du crâne) et une rupture amoureuse la rendent malade sur le plan psychologique (elle souffre de dépression et est considérée comme maniaco-dépressive). Alys Robi se retrouve internée dans un hôpital psychiatrique à Saint-Michel-Archange en 1952. Elle va y rester cinq ans, y subissant des traitements horribles (électrochocs et lobotomie).

Une chanson, une série et un film

Son retour dans le monde du spectacle s’avère plus que difficile, entre moqueries, déprimes et repos en France. C’est la communauté gaie qui lui remet le pied à l’étrier. Il faut « un passage à La Rose Rouge, un club gai de Montréal à la fin des années 1960, pour que la première dame de la chanson retrouve un public qui fera d’elle une reine », détaille Ruefrontenac. Son histoire avec la communauté perdurera jusqu’à ses dernières années. En 2005, elle participe encore à la fête Arc-en-ciel à Québec.

La carrière d’Alys Robi a aussi été relancée, dans les années 70, grâce à une chanson-hommage de Diane Dufresne, Alys en cinémascope, écrite par Luc Plamondon. « Tu paraissais / Et tu chantais “Tico Tico Tico” /Tu faisais tout ton show / Portée par les bravos/ Le maire et la mafia / Tout le monde était là à tes pieds / C’était comme au cinéma », chante alors cette autre idole des LGBT québécois.

En 1995, la télé québécoise consacre une série à son histoire, avec Joëlle Morin dans son rôle. Pascale Bussières jouera aussi Alys Robi dans le film Ma vie en cinémascope, sorti en 2004.

Crédits photo: Mychelle-Anne Daigle.