Alex Wysocki Najar: «Parler du VIH/Sida est de plus en plus difficile»

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RG. Comment en êtes-vous venu à vous engager pour l’ACCM et ARTSIDA ?

Alex Wysocki Najar. Je suis un enfant des clubs et des bars. Certains des amis avec qui je sortais ont contracté le VIH/SIDA et en sont parfois décédés. Mais ce n’est pas vraiment la raison principale de mon engagement. Il y a surtout eu une période de ma vie où j’ai voulu faire du bénévolat. Voilà quatre-cinq ans, une amie m’a parlé de l’ACCM. J’ai commencé en éduction/prévention comme bénévole où j’ai pu faire des ateliers avec les jeunes. Puis un poste s’est ouvert pour être responsable des levées de fonds et de la communication. C’est ainsi que j’ai été amené à travailler sur ARTSIDA dont c’est la troisième édition cette année.

RG. Est-ce qu’il est difficile de convaincre les artistes de donner gratuitement des œuvres ?

A.WN. Non, pas du tout, on est vraiment bien accueillis. Certains ont pu ressentir une certaine gêne car ils n’avaient pas beaucoup d’argent à la base et donc donner et/ou faire une œuvre impliquait un vrai sacrifice pour eux, mais les artistes ont répondu présent, comme lors des précédentes éditions d’ailleurs. Il y a ceux qui avaient déjà participé tel Zilon ou Yvon Goulet mais aussi des artistes de la nouvelle génération – Vincent Roy, Yunus Chkirate.  Au final, l’événement en lui-même a été simple à organiser. Tout le monde est impliqué.

RG. Quel thème avez-vous essayé de privilégier pour cette édition?

A.WN. Il n’y a pas de thème à proprement parler. C’est plus une question d’humeur, de sentiment, de cohérence entre les différentes œuvres. Cette année, c’est plus heureux, moins lourd, comme le montre d’ailleurs notre logo. Les œuvres grandes, imposantes ou encore violentes ont été écartées – pour les accepter l’année prochaine peut-être. Pour 2011 en tout cas, on a voulu mettre en avant les couleurs, les textures, des émotions qui vibrent.

Alex Wysoscki-Najar Artsida

RG. Concrètement, à quoi sert l’argent récolté pour l’ACCM?

A.WN. À soutenir financièrement les centres de jour où l’on accueille les personnes vivant avec le VIH/Sida ou encore aider les clubs d’achat. Il s’agit de collectifs qui permettent aux personnes dont nous nous occupons de faire leur épicerie pour moins cher. Beaucoup d’entre elles gagnent en effet peu d’argent à cause de leur santé, elles ont besoin de notre aide.

RG. Comment se porte l’ACCM aujourd’hui ?

A.WN. Bien, parce qu’on est efficace avec le budget donc on dispose (environ 500.000 dollars par an). Celui-ci est stable depuis quelques années. On ne dépense pas l’argent que l’on n’a pas. On a des investisseurs privés qui nous aident (la fondation Farah, Telus…) Mais on aimerait avoir plus au cas où la mairie ou les gouvernements nous coupent les vivres. Et ça pourrait arriver.

RG. C’est-à-dire ?

A.WN. Cette aide publique est stable ou en diminution. Il y a eu des coupures dans certains services au début des années 2000 tant au niveau fédéral que national. Les responsables veulent faire de moins en moins car ils disent avoir de moins en moins d’argent. Les centres communautaires doivent de leur côté de plus en plus chercher de l’argent à l’extérieur.

RG. Pensez-vous qu’il y a des raisons politiques dans ces coupures ?

A.WN. (Sourire) Je ne sais pas, c’est à eux qu’il faut poser la question. Je suis curieux de savoir ce qu’ils répondront. Ce que je sais, c’est que les statistiques concernant les gens vivant avec le VIH/Sida sont toujours en augmentation et que le nombre de personnes ayant besoin d’aide est lui aussi en hausse. Autre constat : si on a lancé une trousse pour aider les professeurs à parler de sexualité et de prévention à l’école, c’est parce qu’on a supprimé auparavant les cours d’éducation sexuelle. On fait donc le travail du gouvernement.

RG. On dit parfois que la communauté est moins solidaire que par le passé. Avez-vous cette impression ?

A.WN. Non. Au niveau des associations en tout cas, on a clairement besoin les uns des autres. Si on est parvenu à faire d’ATOM-C (programme où des bénévoles incitent leur entourage à se faire dépister) une réussite, c’est en travaillant avec REZO. PRIAPE et GAY411 nous ont aussi beaucoup aidés. Maison Plein Cœur est un partenaire régulier. Pour ARTSIDA, la Galerie dentaire est toujours aussi fantastique avec nous, en nous offrant leurs locaux gratuitement. Il y a encore des gens vraiment impliqués dans ce qu’ils font et qui savent travailler ensemble. C’est très important alors que parler du VIH/Sida aujourd’hui, c’est-à-dire évoquer quelque chose de très complexe, est devenu vraiment très difficile.

ARTSIDA 2011
Exposition du 23 mars au 9 avril a la Galerie Dentaire, 1239 Amherst (métro Berri UQUAM).
Encan à l’Hôtel des Encans, 14 avril 2011, 872 rue du Couvent (métro Place Saint-Henri), 18h. Prix : 35 dollars

Crédits photo: Damián Siqueiros.