Afrique du Sud : la nation arc-en-ciel n’est pas un paradis LGBT

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« Nous allons te montrer que tu es une femme ». Ce n’est pas seulement le titre du dernier rapport de l’ONG Human Rights Watch, consacré à la protection des droits humains dans le monde. C’est aussi ce qu’ont dit les quatre violeurs à Puleng (ce nom, comme tous ceux des personnes interrogées dans ce rapport, sont des pseudonymes), 23 ans pour justifier leur agression. Elle témoigne, ainsi que quelques 120 autres personnes, dans un rapport de 93 pages, qui illustre les violences et les discriminations commises à l’encontre des lesbiennes noires et des hommes transgenres.

Ces récits, comme d’autres rapportés dans les médias (y compris sur etremag, voir ici), mettent en lumière ce phénomène hétérosexiste particulièrement traumatisant du viol correctif, commis par des hommes qui pensent pouvoir « rééduquer » des lesbiennes assumées, ou perçues comme telles, et les faire devenir hétérosexuelles. Biopelo, lesbienne de 26 ans, affirme dans ce rapport avoir ainsi souffert de trois viols correctifs, par son cousin (qui l’a rendue séropositive), par son entraîneur sportif et par un pasteur (qui l’ont tous deux mise enceinte).

« Il est choquant de voir à quel point les femmes lesbiennes et bisexuelles, ainsi que les hommes transgenres, vivent sous la menace de la violence en Afrique du Sud, en particulier dans les zones appauvries et rurales », estime Dipika Nath, chercheuse auprès du programme Droits des personnes LGBT de Human Rights Watch. L’ONG met également en évidence la peur qu’ont les victimes de porter plainte et l’impunité avec laquelle agissent leurs bourreaux.

Discrimination généralisée

Il y a encore donc encore beaucoup à faire pour passer de l’égalité juridique à l’égalité réelle et voir ainsi les LGBT mener leurs vies comme ils l’entendent, comme le constate Dipika Nath : « L’Afrique du Sud est un leader de la lutte pour l’égalité juridique dans le domaine LGBT au niveau international, mais ne protège pas les lesbiennes et les personnes transgenres dans leur vie quotidienne sur son propre territoire. »

Après la sombre période de l’apartheid, le pays avait vécu dans la célébration de la différence et de la diversité , espérant ainsi donner corps à « la nation arc-en-ciel » rêvée par l’archevêque sud-africain Desmond Tutu. Les LGBT aussi ont eu le droit à la reconnaissance : la constitution de l’Afrique du Sud interdit les discriminations sur le fondement du genre et de l’orientation sexuelle. En 2006, le pays, pressée par la Cour constitutionnelle, a reconnu l’union civile entre les personnes de même sexe.

Toutefois, cela n’empêche pas les discriminations d’avoir la vie dure, à l’école comme dans les services publics. Le rapport de Human Rights Watch signale que ces violences à l’encontre des lesbiennes et des hommes transgenres s’inscrit dans un contexte général de criminalité, l’une des plus élevées au monde. À titre d’exemple, une étude menée au Cap en 2005 a montré que pour 45 % des jeunes filles interrogées, leur première expérience sexuelle s’est faite sous la contrainte, la ruse, la force ou le viol.

Crédits photo: Smath.