L’Angleterre, le mariage gai et l’Église anglicane: un « ménage à trois » réussi ?

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La « loi d’égalité » pour les mariages gais en Grande-Bretagne, officialisée en mars, est surtout symbolique car les couples homosexuels bénéficient déjà des mêmes droits parentaux que les couples hétérosexuels. C’est la réaction positive de l’Église anglicane, bien qu’encore mitigée, qui montre une grande évolution dans ce beau pays, comme le rapporte l’AFP.

Depuis le 28 mars dernier les premiers mariages homosexuels « légaux » sont entrés en vigueur d’une « loi d’égalité » très attendue au pays de Galles et en Angleterre, où des drapeaux arc-en-ciel ont flotté à Londres sur les bâtiments ministériels pour les célébrer.

Cette réforme, à laquelle les défenseurs des droits homosexuels sont très attachés, est avant tout symbolique, les couples homosexuels bénéficiant déjà des mêmes droits parentaux que les couples hétérosexuels : ils peuvent adopter, recourir à la procréation médicalement assistée et à une mère porteuse, pourvu qu’elle ne soit pas rémunérée. Ils peuvent également s’unir depuis 2005 dans le cadre d’un partenariat civil.

«Nous ne voulions pas nous marier tant qu’il ne s’agissait pas d’une union équivalente à celle que ma mère et mon père, ou d’autres hommes et femmes, ont partagée», a déclaré Teresa Millward, 37 ans, qui épouse samedi dans le Yorkshire (nord de l’Angleterre) sa compagne depuis onze ans.

68% des britanniques sont favorables à cette réforme

Contrairement à la France, où d’immenses manifestations se sont succédé contre le mariage pour tous, le projet de loi britannique, approuvé en juillet 2013 au Parlement, n’a suscité quasiment aucun remous dans l’opinion publique, majoritairement favorable à la réforme.

Un sondage, réalisé pour BBC Radio 5 auprès de 1 007 Britanniques, montre néanmoins que 22% des sondés refuseraient une invitation à un mariage gai, même si 68% sont favorables à cette réforme. Il suggère également que les femmes (75%) et les jeunes (80% des 18-34 ans) soutiennent davantage le mariage homosexuel que les hommes (61%) et les plus de 65 ans (44%).

photo MCC

1er mariage gai célébré dans une église en Grande-Bretagne_photo: MCC

L’Église anglicane partagée mais plutôt positive

Si la réforme a déchiré le Parti conservateur, les libéraux ont reçu un appui décisif de la part du premier ministre conservateur, David Cameron, qui s’est prononcé publiquement en faveur du mariage homosexuel lors d’une conférence en 2011 ainsi que d’autres élus conservateurs qui le soutiennent également, à l’image de la ministre de l’intérieur, Theresa May. «Le gouvernement veut avancer à la fois sur l’égalité des personnes homosexuelles, lesbiennes, bisexuelles et transsexuelles, et assurer la liberté de religion pour toutes les croyances», expliquait-elle, n’hésitant pas à apparaitre dans une vidéo sur le site Out4marriage, qui défend le vote de la loi. De son côté, l’Eglise anglicane d’Angleterre, majoritaire dans le pays et qui avait contestée la réforme en février, excluant la bénédiction de mariages homosexuels ainsi que la possibilité pour les membres du clergé de se marier avec une personne du même sexe, laisse enfin entrevoir une réelle ouverture humaniste.

En effet, l’archevêque de Canterbury Justin Welby, chef spirituel des 80 millions d’anglicans dans le monde, a déclaré que l’Eglise ne mènerait plus campagne contre le mariage de couples de même sexe. «Je pense que l’Eglise a réagi en acceptant totalement l’idée que c’est dorénavant la loi, et doit réagir en continuant à démontrer, dans la parole et les actes, l’amour du Christ pour tous les êtres humains», a-t-il affirmé au journal The Guardian. L’évêque de Buckingham (nord-ouest), plusieurs évêques anglicans à la retraite ainsi que plusieurs rabbins se sont «réjouis que les couples de même sexe puissent se marier en Angleterre et au Pays de Galles», dans une lettre ouverte.

«Ensemble, nous avons fait de notre pays un endroit où nous célébrons l’amour, qu’il soit homo ou hétéro», s’est félicité Nick Clegg, le numéro 2 du gouvernement, appelant chacun « à lever son verre ».

photo: source Sipa Press