« Littérature gaie » : entrevue avec Denis-Martin Chabot

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RG. Quelle image aviez-vous de la « littérature gaie » avant de vous lancer vous-même dans le ce genre de romans ?

Denis-Martin Chabot. Je me souviens avoir cherché des romans ou des textes qui parlait de ma réalité. Si j’en ai trouvé en langue anglaise, c’était beaucoup plus rare dans la littérature québécoise (un peu tout de même chez Michel Tremblay ou Mario Cyr). Lorsque j’étais plus jeune et qu’on nous faisait lire les œuvres de Marie-Claire Blais ou d’Yves Theriault, ne percevant rien à caractère homosexuel, je m’imaginais que les personnages de femmes étaient des hommes. C’était alors difficile de trouver des romans gais.

RG. Vous n’avez donc pas eu de source d’inspiration en particulier dans la littérature gaie ?

D-M.C. Si, mais en langue anglaise, avec notamment Les chroniques de San Francisco d’Armistead Maupin. Je me suis dit qu’il faudrait faire la même chose pour le Village ou Québec. C’est une des choses qui m’ont amené à écrire mes premiers romans, ainsi que des cours d’écriture que je prenais alors en Alberta dans le cadre de mon métier de journaliste. Néanmoins, je tiens à souligner que je n’aime pas le thème de « littérature gaie ». C’est un peu réducteur. Un très grand nombre d’hétérosexuels peuvent se retrouver dans ce que moi ou d’autres écrivent.

RG. On dit parfois qu’écrire dans la presse gaie représente un geste militant. Est-ce la même chose pour les livres ?

D-M.C. Pour ma part, je dirais que je ne fais pas de militantisme, mais tous les gestes finissent par avoir une portée politique, même choisir d’aller magasiner dans une boutique plutôt qu’une autre. J’ai écrit pour qu’on parle de nous, des thèmes, des sentiments auxquels je m’associe. Je pense aux peines d’amour, mais aussi à l’homophobie intériorisée, sujet sur lequel il reste beaucoup à faire. Évoquer ça dans mes ouvrages m’a en tout cas aidé à exorciser la mienne. Pour moi, écrire est plutôt un geste égoïste, un plaisir et un besoin. Peut-être que mon militantisme se retrouve davantage dans ma sortie du placard.

RG. Est-ce qu’on est forcément mal perçu par les maisons d’édition lorsqu’on leur présente des œuvres à caractère gai ?

D-M.C. De manière générale, les maisons d’édition sont très frileuses. Si le texte n’est pas exceptionnel, gai ou pas gai, ce sera très difficile d’être publié. Par ailleurs, tout ça leur coûte très cher, par conséquent si les éditeurs pensent que les livres à thématique gaie ne risque pas de vendre autant que d’autres ouvrages, ils seront encore plus réticents. Beaucoup s’imaginent que ce type d’œuvres ne sera lu que par des homosexuels. C’est faux, la preuve : la plus grande partie de mon lectorat est composé de femmes hétérosexuelles.

RG. Y’a-t-il les mêmes difficultés pour se faire connaître dans la presse généraliste lorsqu’on écrit ce genre de livres ?

D-M.C. Comme je suis moi-même journaliste, j’ai réussi à avoir quelques entrées et des entrevues à Radio-Canada notamment. Le Devoir a également parlé d’un de mes romans. Mais, bien entendu, la presse gaie reste très importante pour se faire connaître. Je suis toujours très heureux quand l’un de ces magazines parle de moi. C’est extrêmement important. À ce titre, André Gagnon a été là dès mes débuts. Il m’a permis de me faire connaître.

RG. Dernière question, non pas à l’écrivain mais au journaliste de Radio-Canada. En quoi la presse gaie reste selon vous nécessaire aujourd’hui ?

D-M.C. Elle couvre des sujets pas forcément traités par la presse généraliste, parce qu’ils sont jugés trop pointus pour intéresser les éditeurs. Par exemple, je me souviens que RG avait été un des premiers à parler, il y a quelques mois, du problème des violences dans le Village. En marchant sur Sainte-Catherine, mon rédacteur en chef a récupéré le magazine, a lu l’article, puis est venu vers moi pour me dire qu’il fallait faire un reportage là-dessus. C’est la preuve que la presse gaie garde un rôle important.

Crédit photo: César Ochoa.