«Les efforts des militants africains pourraient être anéantis»

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Être. Dans quel contexte intervient cette déclaration ?

Carlos Idibouio. Dans beaucoup de pays d’Afrique, des groupes ou des associations LGBT se sont constituées en réseau dès 2003 pour prendre le taureau par les cornes face aux agressions, aux arrestations, voire aux assassinats de personnes LGBT. Honnêtement, la première fois qu’une telle décision de couper les subventions a été prise, pour le Malawi, nous nous en sommes plus ou moins réjouis, sans trop d’analyse : « Voilà qui leur apprendra à nous respecter. ». Mais, au contraire, les réactions des gouvernements contre les LGBT se sont corsées. Une chose est de prendre cette décision, une autre est d’en mesurer les conséquences sur le terrain.

Être. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette initiative de couper les aides ?

C.I. Le président d’AMSHeR (African Men for Sexual Health and Rights), Joel Nana, a consulté le réseau. Nous avons considéré que couper les fonds n’est pas une solution. Les différentes populations sur place, y compris les LGBT, seront lésées, les efforts des militants anéantis.

Il existe d’autres stratégies pour éduquer les gouvernements, plutôt que de couper drastiquement les financements. S’ils ont signé la Charte africaine des droits et des peuples ou même la Déclaration universelle des droits de l’homme, ils sont tenus de respecter cela. Les gais, comme les femmes ou les enfants, font partie de la population et les droits humains s’appliquent à eux aussi.

L’autre chose est que les pays anciennement colonisateurs sont aussi les bailleurs de fonds, qui tiennent les gouvernements par le bout du nez et veulent leur faire plier l’échine. Il faut mettre fin à ce néocolonialisme qui risque d’atteindre les LGBT.

Être. Vu depuis l’Occident, on a le sentiment que cette recrudescence de l’homophobie est également due à l’activisme de certaines communautés religieuses. Avez-vous les mêmes échos ?

CI. Même au sein des différentes religions, les avis sont partagés. Il faut comprendre ce poids considérable de la religion pour les populations afro-caribéennes. Quand un pasteur dit que l’homosexualité est mauvaise, les gens de l’assemblée prennent les paroles de l’homme de Dieu pour argent comptant.

C’est pourquoi l’année dernière le thème de l’IDAHO était  Homophobie, transphobie, religion. Si on implique les leaders religieux en leur faisant comprendre les réalités des LGBT, afin qu’ils éduquent la population aux droits humains, on pourra agir plus facilement auprès des jeunes et des familles.

Crédits photo (manifestation pour les droits des GLBT en Ouganda): Riekhavoc.