L’islamophobie qui divise

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À l’approche du 1er anniversaire de la fusillade à la Grande Mosquée de Québec, le National Council for Canadian Muslims a demandé au premier ministre Justin Trudeau de faire de cette journée une journée pancanadienne de commémoration et d’action contre l’islamophobie. Si la plupart s’entendent pour commémorer cette fusillade dans un lieu de culte et se souvenir des victimes, la volonté d’en faire une journée nationale contre l’islamophobie divise.

Tout d’abord, il est extrêmement malsain, dans un pays qui prétend reconnaître la présomption d’innocence d’avoir déjà fait le procès du geste posé par Alexandre Bissonnette avant même que le procès n’ait eu lieu. Car est-il nécessaire de le rappeler, l’enquête et le procès en cours ne nous ont pas encore permis de connaître les motivations d’Alexandre Bissonnette, le tueur identifié dans cet attentat. À la différence de la tuerie de la Polytechnique où Marc Lépine avait clairement ciblé les femmes et en particulier les féministes, on n’a jamais connu les motivations de Bissonnette. D’autres hypothèses que l’islamophobie ont circulé pour expliquer son geste. Aussi faire de cette date anniversaire dès maintenant une journée d’action contre l’islamophobie est tout à fait prématuré.

Mais cette division tient largement à la volonté qu’elle sous-tend d’accréditer qu’il y aurait au Québec et au Canada et ailleurs dans le monde une grave discrimination qui viserait l’Islam et les musulmans, une discrimination qu’il faudrait combattre de toute urgence. Certains l’ont comparé à l’antisémitisme, d’autres ont poussé l’audace jusqu’à la comparer à l’homophobie, mais ces comparaisons ne tiennent pas la route et elles sont plutôt de nature à trivialiser ces grandes discriminations historiques.

L’antisémitisme a des racines historiques profondes liées à l’émergence des grandes religions monothéistes d’État que ce soit le christianisme ou l’Islam, il a été inscrit à maintes reprises dans la loi, même ici au Canada, et a mené à d’innombrables pogroms jusqu’à la tentative nazie de faire disparaître les Juifs de la face de la Terre. L’antisémitisme est dirigé contre une ethnie, le peuple juif, pas contre une religion. Il n’y a vraiment rien de comparable ici ou à l’échelle planétaire face à l’Islam. À l’échelle mondiale, divers courants de l’Islam sont même plutôt de ceux qui s’attaquent à la liberté de religion et à la liberté de conscience, ainsi qu’aux droits humains. S’il fallait à l’échelle mondiale faire la balance des discriminations contre l’Islam et les musulmans versus celles exercées au nom de l’Islam, il est clair que la balance penche du côté des discriminations exercées par l’Islam qui est une religion d’État oppressive depuis ses tout-débuts. On n’a qu’à regarder l’actualité pour s’en convaincre. Quand le Canada est incapable de faire libérer Raif Badawi qui croupit en prison pour avoir défendu la liberté de conscience, quand un ‘allié’ comme l’Égypte, quand même pas le plus rétrograde des pays musulmans, prépare un projet de loi pour criminaliser l’athéisme, me semble qu’il faudrait y réfléchir deux fois avant de se lancer dans une défense tous azimuts de l’Islam soi-disant ‘religion d’amour et de paix’.

Comparer l’islamophobie avec l’homophobie comme vient de le faire le porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois en se présentant comme le premier parti québécois en appui à cette proposition, c’est ajouter l’insulte à l’injure. Arguant que les victimes avaient été ciblées parce que musulmanes, Gabriel Nadeau-Dubois y voyait la confirmation de cette discrimination et en concluait que cela justifiait une journée nationale contre l’islamophobie comme il en existe une contre l’homophobie. S’il y a une discrimination qu’il est de mauvais goût d’associer avec ladite islamophobie, c’est bien l’homophobie quand tout le monde sait comment cette religion est profondément homophobe comme le confirmait un sondage réalisé par Environics pour le compte du même Conseil qui fait cette demande auprès des musulmans canadiens en 2016.  Est-il nécessaire de rappeler que ce sont les États membres de l’OCI qui ont mené l’opposition à l’initiative française en 2008 à l’ONU demandant la dépénalisation de l’homosexualité? Contrairement à l’Islam, l’homosexualité n’est associée à aucune discrimination.

D’autre part, l’homophobie, comme le sexisme et le racisme ont été des discriminations inscrites dans nos lois jusqu’à très récemment. Les lois homophobes ont permis d’emprisonner des gens, à une certaine époque de les condamner à mort, de leur faire perdre leurs emplois, de les interner, de les soumettre aux pires traitements. Même après la décriminalisation de l’homosexualité en 1969, les gais et lesbiennes ont continué à être considérés pendant plusieurs années comme des malades mentaux et ce n’est qu’il y a quelques années que les dernières discriminations légales majeures ont été bannies en permettant toutefois à toutes les religions de perpétuer leurs credos et pratiques  homophobes.  Les gais et lesbiennes ont dû cacher leurs existences pendant plus de 3,5 siècles sur 4 de l’histoire du Canada et ce stigmate fait qu’encore aujourd’hui la grande majorité des gais, lesbiennes et bisexuels ne sont toujours pas à l’aise de s’afficher au grand jour et en tout temps. Si ce n’est de l’attentat de Québec, les crimes haineux les plus violents sont toujours les crimes homophobes. Et on ose comparer la pertinence d’avoir une journée contre l’islamophobie avec celle de la journée contre l’homophobie? Mais de quelle grave discrimination sont victimes les musulmans ou l’islam au Canada? Leur liberté de religion est protégée, on permet même aux musulmanes de devenir citoyennes à visage couvert, les lieux de culte jouissent d’exemptions fiscales et les écoles musulmanes sont financées comme n’importe quelles écoles privées et le multiculturalisme canadien s’engage à faire la promotion de la diversité religieuse. Le Code criminel canadien met même le Coran et les opinions fondées sur celui-ci comme pour tous les autres textes religieux à l’abri de toute poursuite pour propagande haineuse, une exception rajoutée en 2005 pour limiter la portée de la nouvelle protection accordée aux gais, lesbiennes et bisexuels. Où est donc cette grave discrimination qui justifierait d’instituer une telle journée?

Dans le cas de Québec solidaire, il est d’autant plus troublant de voir l’empressement de ce parti qui prétend combattre l’homophobie à appuyer une telle initiative qu’on n’a jamais vu le même empressement de sa part à combattre l’homophobie rampante des divers courants musulmans. On a bien vu des militantes et militants de QS manifester pour le port de la burka et contre la loi 62, mais quand a-t-on entendu ses militantes et militants dénoncer les menaces auxquelles font face les jeunes LGBT dans les communautés arabo-musulmanes de Montréal quand ils tentent de vivre au grand jour comme cela est expliqué dans le Rapport de la CDPDJ sur l’homophobie en 2007? On se souvient que GND avait participé à une conférence où on souhaitait la mise en place d’une DPJ musulmane pour ne pas sortir les jeunes de leur ‘milieu culturel’. Il pourrait peut-être nous expliquer comment ça pourrait aider les jeunes LGBT musulmans qui doivent quitter leur famille à cause de l’homophobie rampante de demeurer dans ce milieu culturel? Il semble bien que la défense de cette religion profondément sexiste et homophobe se fasse en passant sous silence les graves discriminations qui sévissent dans ces communautés. On a déjà une idée de ce que donnerait une journée contre l’islamophobie.

Il y a bien sûr une discrimination qui grandit et qui vise injustement de nombreuses personnes de confession musulmane qui se trouvent amalgamées avec les courants les plus conservateurs de l’Islam et sa phalange terroriste. Cette discrimination est de même nature que les discriminations qui ont émergé en période de guerre par exemple contre les Allemands et les Italien ou les Japonais lors de la 2e Guerre mondiale ou contre les communistes durant la Guerre froide et même à cet égard on est loin, mais très loin des sévices subis durant cette période par ceux et celles qui avaient le malheur d’être associées à l’ennemi. Et pourtant, a-t-on déjà entendu quelqu’un proposer d’instituer une journée d’action contre l’anticommunisme? Ce qu’il faut à cet égard, c’est un travail d’éducation qui permette aux citoyens de distinguer ceux et celles qui pratiquent leur religion dans le respect des valeurs et des droits et libertés démocratiques de ceux qui veulent imposer leurs velléités théocratiques à la société. Un tel travail ne peut faire l’économie de critiquer les religions dans ce qu’elles ont de discriminatoire et d’antidémocratique. Ce n’est pas ce que fera une journée biaisée idéologiquement à la défense de telle ou telle religion et de ses fidèles.

Car il faut dire les choses comme elles sont. Ce n’est rien d’autre que l’émergence sur la scène mondiale du fondamentalisme musulman sous ses différentes coutures et de ses phalanges terroristes et le silence asourdissant de la vaste majorité des musulmans face à ces dérives qui a alimenté les inquiétudes. Avant le 11 septembre 2001, des attentats qui ont marqué l’imaginaire collectif en Occident, il n’y avait guère de préoccupations ou de discriminations à l’égard de  l’Islam et des musulmans. Pas plus que contre le bouddhisme ou l’hindouisme, c’est-à-dire presque rien. L’Islam avait même été adopté par différents mouvements politiques contestataires aux États-Unis et certaines personnalités bien en vue.

Autre chose qui dérange avec cette proposition, c’est que cette tentative d’accréditer l’islamophobie come une grave discrimination est indissociable de l’offensive internationale des États membres de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) d’accréditer une telle discrimination, de criminaliser le blasphème contre les religions et de soumettre les droits humains à la charia. Car ici aussi on a accusé et on accuse toute personne qui critique ou s’oppose à l’Islam de faire preuve de racisme et d’islamophobie. Dans ce concept fourre-tout, on considère tout autant islamophobe les discriminations contre les musulmans que la critique de la religion musulmane et en particulier de ses courants fondamentalistes. L’accusation d’islamophobie est alors une tentative désespérée d’une religion confrontée aux progrès des droits humains, de la liberté d’expression et de la liberté de conscience, de faire reculer ces droits et libertés démocratiques. Si on croit que cela n’a aucune influence sur les décisions du gouvernement canadien, il ne faut pas oublier que toutes les courbettes devant l’Islam de Justin Trudeau se font au moment où le Canada tente de gagner l’appui des États membres de l’OCI pour obtenir un siège au Conseil de sécurité de l’ONU. Et si l’Arabie saoudite a pu manœuvrer pour accéder au Comité de l’ONU sur la condition de la femme, on peut s’imaginer comment la diplomatie de l’OCI a le bras long.

La décision est maintenant entre les mains de Justin Trudeau. Espérons qu’après le manque de jugement flagrant dont il a fait preuve en accueillant en décembre dans son bureau l’ex-otage controversé Joshua Boyle, sa femme voilée et ses enfants alors que celui-ci allait quelques jours plus tard être accusé de toute une série d’offenses criminelles, il y réfléchira un peu avant d’être emporté par son délirant dogmatisme multiculturel et d’instituer une journée d’action aussi controversée. La mémoire des victimes ne sera pas honorée par la controverse et de mesquins calculs politiques.

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