Fierté Canada Montréal 2017 POURQUOI JE NE MARCHERAI PAS

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C’est aujourd’hui le défilé de la fierté LGBT à Montréal et pour la première fois en un quart de siècle j’ai décidé de ne pas y participer. Après la transformation en festival, la commercialisation à outrance, l’enrobage de tout cela dans une rectitude politique délirante, l’association aux célébrations du 150e anniversaire du Canada est pour moi le coup de grâce.

Je n’irai pas marcher car j’aurais honte de marcher derrière Justin Trudeau pour célébrer ‘Fierté Canada’ et honte de toute la rectitude politique ronflante qui entoure cette association honteuse.

Et pourtant j’ai participé à ces défilés depuis la 2e édition de Divers/Cité en 1994, n’ayant raté la première que parce que j’étais en vacances à l’extérieur du pays.

À une époque où avec l’Association des lesbiennes et des gais de l’UQAM, nous avions avec plusieurs autres groupes LGBT grossi les rangs des quelques centaines de marcheurs de la première édition.

Une époque où le défilé était encore essentiellement une marche qui nous faisait apparaitre dans la ville. Une époque où la fierté LGBT était essentiellement un geste politique et non un festival où tout contenu revendicatif est enterré sous les flonflons de la fête.

Depuis plus de quinze ans, je suis de plus en plus mal à l’aise avec la transformation du défilé de la fierté en festival. Déjà à l’époque où Divers/Cité organisait le défilé, j’étais critique du refus des organisateurs de proposer après consultation communautaire un thème rassembleur qui aurait pu permettre de porter un message annuel pour l’avancement de notre égalité.

Quand j’ai organisé la fierté LGBT à Québec en 2002, j’ai souhaité corriger cette tendance à transformer la fierté LGBT en kermesse en proposant chaque année un thème lié à l’avancement de notre mouvement et en organisant un colloque aux débuts des célébrations relié à ce thème pour que l’événement soit l’occasion de réfléchir sur l’avancement de notre mouvement et pour alimenter les réflexions et enrichir l’action des militants et militantes engagées dans le mouvement.

En l’organisant, j’ai vite réalisé les contraintes de l’organisation de fiertés: le peu de financement public, nos gouvernements ne reconnaissant pas que l’homophobie et la transphobie soient des problématiques sociales, le peu de financement privé qui se limite à ce que rapporte l’argent rose et la pression sociale de transformer tout événement revendicatif porté par un mouvement social en fête.

C’est en ce sens que je me suis associé à la démarche d’obtenir la mise en place d’une politique nationale contre l’homophobie en tenant en 2004 les États généraux des communautés LGBT dans le cadre de Fierté Québec. De façon à ce que les fiertés puissent être reconnues et soutenues pour ce qu’elles sont : une action communautaire pour combattre l’homophobie et la transphobie et non un festival culturel ou pire encore une attraction touristique.

Divers/Cité à Montréal a préféré ne pas suivre cette voie et en est venu en 2008 à proposer de scinder son festival culturel du volet communautaire de fierté proprement dite comprenant la journée communautaire et le défilé pour en faire deux événements dans le but évident d’obtenir un financement adéquat pour son événement culturel et en espérant ainsi contourner le peu d’appui des gouvernements à sa vocation première.

On connait la suite: la naissance en 2008 de Fierté Montréal qui a repris l’organisation du défilé et la concurrence entre les deux événements jusqu’à la disparition de Divers/Cité en 2015.

Dès le départ, j’ai été très mal à l’aise avec l’acte de naissance de Fierté Montréal. Je me souviens du premier communiqué que j’avais reçu des organisateurs du nouvel événement qui affirmait l’importance touristique de l’événement… Jamais je n’ai participé aux défilés de la fierté pour offrir un spectacle aux touristes.

Je ne me suis pas gêné par la suite pour critiquer les thèmes bouffons proposés pour le défilé les premières années par Fierté Montréal qui évacuait tout contenu revendicatif. Il y a eu par la suite certains correctifs apportés avec l’ajout d’un volet de réflexion un peu à l’image de ce que faisait Fierté Québec, mais la commercialisation de l’événement s’est poursuivi au point de voir Fierté Montréal associer son nom à des entreprises privées.

Depuis plusieurs années, j’ai décidé de participer à Fierté Montréal dans des contingents associés aux causes auxquelles je crois, sans commanditaire, pour contrer cette tendance à transformer la fierté en carnaval. Je suis passé outre les dérives de commercialisation et l’enflure carnavalesque et je suis resté fidèle à la raison d’être première pour moi d’une fierté LGBT.

Mais aujourd’hui je n’ai vraiment pas le cœur à aller marcher derrière les Justin Trudeau, Philippe Couillard, Denis Coderre et cie en m’associant aux célébrations du 150e anniversaire du Canada, d’un pays qui après avoir réprimé les LGBT pendant plus d’un siècle, refusé l’égalité en droits jusqu’à l’ultime limite, est toujours incapable d’adopter une politique contre l’homophobie pour corriger les conséquences d’un siècle d’homophobie d’État, mais protège l’homophobie religieuse, la cellule-mère de l’homophobie dans notre société.

Pas le goût d’aller marcher derrière Justin Trudeau qui vient se faire du capital politique dans nos défilés de la fierté tout en allant embrasser toutes les religions homophobes au nom du ‘multiculturalisme’.

Pas le goût d’aller marcher derrière Justin Trudeau qui vient scèner dans nos défilés de la fierté, mais qui autorise la vente de 10 milliards $ d’armements à l’Arabie saoudite qui exécute les homosexuels.

Pas le goût d’aller marcher derrière Philippe Couillard qui a travaillé pour et conseillé ce régime criminel. D’un Philippe Couillard qui n’a pas hésité à couper dans le maigre programme de lutte contre l’homophobie au nom d’une austérité qui a permis à son gouvernement d’engranger d’énormes surplus.

Pas le goût de m’associer à toute la rectitude politique des organisateurs qui camoufle le racisme rampant qui a présidé à la construction de ce Canada, un racisme qui s’est exercé et s’exerce encore contre les Premières Nations, les Métis, les nations québécoise et acadienne et contre tant de communautés, avec des déclarations idiotes sur le territoire non cédé de Montréal.

Pas le goût de m’associer à une fierté transformée en kermesse.

Pas le goût de m’associer à une fierté qui est là pour nous divertir plutôt que nous mobiliser.

Pas le goût d’aller m’offrir en spectacle aux touristes.

Pas le goût de m’associer à une organisation qui est prête à toutes les associations pour aller chercher plus de commandites.

Ce n’est pas ça pour moi la fierté, c’est même plutôt le contraire.

 

4 Comments

  1. Amélie

    20 août 2017 at 23h06

    Bravo! Je seconde.

  2. Robert Campeau

    21 août 2017 at 7h22

    Tout est dit, bravo! Une voix discordante qui fait du bien dans ce grand consensus carnavalesque. J’y suis allé ‘en touriste’ hier et j’ai ressenti la même chose. Une kermesse ambulante où les chars allégoriques de Pfizer, de Desjardins ou de Telus se font applaudir tout rompre, où tout un chacun veut se faire photographier avec le beau Justin qui en redemande, où les rares messages édifiants croulent sous les artifices…

  3. Jessie

    22 août 2017 at 9h46

    J’entends et comprends le message. Je parlais justement de ce sujet cette semaine. Vous avez une grande connaissance de l’historique des fiertés pour les comparaisons « commerciales et revendicatrices ».
    N’aurait-il pas été l’endroit idéal pour revendiquer cette réalité? Pourquoi ne pas avoir fait un cortège revendicateur au coeur même du défilé?
    #FoodForThought

  4. Anonyme Sansregrets

    24 août 2017 at 2h42

    Tu écris tout haut ce que bien des gens pensent tout bas.